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Pollution présumée crique Yaoni : le directeur de la Compagnie minière Boulanger, objet d’un arrêté de mesures d’urgence, rejette les faits de délestage… sur une autre société

Pollution présumée crique Yaoni : le directeur de la Compagnie minière Boulanger, objet d’un arrêté de mesures d’urgence, rejette les faits de délestage… sur une autre société
Liberté de la préf : la Deal sommée de se taire

Située à 2km voire 2,5km de la crique Bagot, la crique Yaoni a fait l’objet, le 24 avril dernier, d’un constat de pollution présumée dressé par la gendarmerie de Cacao, suivi le lendemain d’une inspection sur une concession aurifère suspectée d’être à l’origine de la pollution, inspection réalisée par la Deal, chargée de la police des mines.

Dans le viseur des autorités : la Compagnie minière Boulanger (CMB), du groupe minier français Garrot-Chaillac, suspectée de rejet polluant de matières en suspension au cours de travaux de réaménagement d’une digue sur sa concession, selon un arrêté préfectoral daté du 3 mai, prescrivant à cette société, des mesures d’urgence.

Nous avons  contacté le directeur de la Compagnie minière Boulanger qui minimise les faits reprochés et rejette les faits principaux de pollution sur une autre société minière.

Nous souhaitions donc notamment savoir auprès de la Deal si une autre société minière du secteur faisait également l’objet d’un arrêté de mesures d’urgence.

La Deal s’apprêtait à répondre à notre liste de questions sur cette affaire quand cette administration, selon une source interne, a reçu ordre de la préfecture de garder le silence.

Enquête en eaux troubles.

Mercredi 8 mai en fin d’après-midi, un communiqué de la préfecture relatif à une opération de lutte contre l’activité aurifère illicite sur le haut Bagot la veille (voir cet article) aborde en outre un sujet «pollution» (1) en évoquant notamment «un rejet de Kaolin, argile blanc hydrophobe, alentours des mines légales, dû au délestage d’une baranque lors de travaux de réhabilitation, en prévision des fortes pluies annoncées. Le lieu concerné par ce rejet est la crique Yaoni, sans relation hydraulique directe avec la crique Bagot. Un arrêté préfectoral d’urgence a été pris pour imposer un contrôle resserré de cet incident par l’exploitant minier concerné.»

Il y a eu effectivement, de notre part, un peu d’eau légèrement chargée qui a été rejetée volontairement (…) et cette eau a été confinée(Le directeur de la Compagnie minière Boulanger)

Lorsque jeudi 9 mai en fin de journée, nous lisons cette affirmation du communiqué de presse du préfet à Philippe Matheus, directeur de la Compagnie minière Boulanger (la société minière visée par l’arrêté en question selon nos investigations), celui-ci note : «Il y a deux choses. Il y a eu un constat de gendarmerie qui a été fait le 24 avril et qui a vu que la crique était laiteuse. Ce n’est pas lié à nous, c’est lié à une autre AEX, donc une exploitation légale (2), implantée à côté de notre AEX et qui rejetait des kaolins directement dans une crique qui s’appelle Eau Noire qui va se jeter dans la crique Yaoni qui elle-même se jette dans la Comté. Il y a eu plusieurs confusions. Je m’en suis expliqué auprès de la Deal. C’est vrai, comme on est en pleine phase de réhabilitation, il y a eu effectivement, de notre part, un peu d’eau légèrement chargée qui a été rejetée volontairement pour abaisser à niveau et cette eau a été confinée. En aucun cas, elle n’est allée perturber la Comté. Ce sont des choses que l’on fait régulièrement, on a des bassins tampons, ce sont des choses qu’on maîtrise».

Et le directeur de CMB d’ajouter : «Effectivement on a on a procédé à des opérations de lâcher d’eau comme on les appelle, en surverse des bassins. Effectivement, cela a été constaté par la Deal mais nous avons fourni des explications. Il n’y a pas eu de constat fait par la Deal de pollution dans la Yaoni et dans la Comté. Il n’y a pas eu de mesures des matières en suspension pouvant qualifier une quelconque pollution. Simplement, il y a eu une confusion entre une pollution qui était liée à une AEX (…) qui est à côté de la notre qui, elle, a rejeté massivement pendant plus de 15 jours de l’eau kaolitique dans la crique Eau noire qui elle même se déverse dans la crique Yaoni (…) A cette époque, le 25 avril, j’étais hors du département, il y a eu une confusion entre la crique Bagot qui a été impactée par les illégaux, la crique Yaoni qui a été impactée par une activité légale mais ce n’était pas celle de la CMB et enfin ce qui a été fait par CMB. Donc, on a tout mélangé et on dit ah oui, c’est CMB, non ce n’est pas CMB.»

Et le directeur de CMB de poursuivre la conversation en datant les «lâchers d’eau» de sa société au… lendemain du constat de la gendarmerie  : «J’ai pris moi-même des photos avec un drône -que j’ai adressées à la Deal- où l’on voit les différentes exploitations, les différents circuits d’eau. Et on voit très bien que ce qui a été constaté par la gendarmerie ça ne vient pas de chez nous pour la bonne raison que nos lâchers d’eau ont été faits le 25 avril au matin. Ils ont été très ponctuels et très localisés géographiquement. La Deal a vérifié tout ça.»

Ce sont des mesures prescrites par la Deal pour effectivement montrer qu’ils encadrent bien l’exploitation (Philippe Matheus, directeur de CMB)

Lorsque nous lui faisons alors remarquer qu’un arrêté enjoint en tout cas sa société de mettre en œuvre des mesures d’urgence, le directeur de CMB note : «Ca, si vous voulez, ce sont des choses qu’ils font régulièrement, à la Deal, pour montrer qu’ils font bien leur boulot (…) Là, ils ont fait un arrêté préfectoral pour imposer des mesures de matières en suspension le matin, le midi et le soir (…) Ils me demandent de faire des prélèvements d’eau en amont et en aval et de prendre des mesures de turbidité pour vérifier que l’eau que l’on rejette est conforme à la législation. Ce sont juste des mesures de contrôle (…) Ce sont des mesures prescrites par la Deal pour effectivement montrer qu’ils encadrent bien l’exploitation. Ce n’est pas du tout lié au fait qu’il y ait ou pas incident. Certes, ça pourrait être lié au fait qu’il y ait un incident … Simplement effectivement, comme cela devient de plus en plus compliqué avec les différentes évolutions de la législation, la Deal pour éviter tout risque de dérives, à chaque fois qu’il y a quelque chose, prend des arrêtés préfectoraux pour encadrer l’activité…»

Concrètement l’arrêté préfectoral, daté du 3 mai (voir cet arrêté en lien), faisant suite à l’inspection de la Deal le 25 avril, vise expressément CMB en prescrivant à cette société «des mesures d’urgence (…) sur la zone de travaux dite «flat rive gauche Yaoni »sur la concession dite «Central Bief» sur la commune de Roura.»

Dans cet arrêté rédigé par le service des mines de la Deal, chargé de la police de cette activité, l’autorité administrative considère notamment que «les travaux de réaménagement d’une digue (de CMB) du secteur ‘ flat rive gauche Yaoni ‘ ont engendré une pollution en matières en suspension de la crique Yaoni visible jusqu’à au moins 5 km en aval du chantier».

L’arrêté note ensuite que «la crique Yaoni est un affluent de la Comté qui traverse le bourg de Cacao et que celui-ci est situé à environ 20 km de linéaire de cours d’eau des travaux de réaménagement».

Il y a ainsi urgence [à] prendre des dispositions visant à protéger les intérêts visés à l’article L161-1 du code minier, notamment par rapport aux risques environnementaux présentés par ce site minier (arrêté préfectoral du 3 mai 2019 formalisé par le services des mines de la Deal et prescrivant des mesures d’urgence à CMB)

L’arrêté rédigé par la Deal considère encore «l’insuffisance de moyens de protection de la crique Yaoni mis en place au niveau du secteur ‘flat rive gauche Yaoni’ ».

Avant de souligner «le niveau de saturation du bassin de décantation du secteur susvisé».

Et l’arrêté de conclure «qu’il y a ainsi urgence [à] prendre des dispositions visant à protéger les intérêts visés à l’article L161-1 du code minier, notamment par rapport aux risques environnementaux présentés par ce site minier».

Ci-dessous, l’extrait en question du dudit arrêté

Cet article est composé de plusieurs parties, lire la suite:

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12 commentaires

  • Morvandiau

    Sur les exploitations de CMB, il y gravite plus de garimpeiros que sur les sites illégaux. On y réhabilite que ce qui est visible depuis la route, mais pas le reste. Cette société minière ravage complètement tout le remarquable massif entre Coralie et Cacao, ainsi que les bassins alluvionnaires comme celui de la Boulanger ou de la Yaoni.
    Pendant qu’on s’indigne du potentiel dévastateur de l’éventuelle Montagne d’Or, la destruction est déjà à un stade très avancé dans ce secteur à 60 km de Cayenne, et la superficie des dégâts est sans commune mesure.
    C’est un vrai scandale environnemental qui s’opère dans l’indifférence générale et ce depuis des décennies maintenant.

  • Mariecof973

    L’OR cet univers impitoyable ou les dessous des activités aurifères qu’elles soient légales ou illégales ! de quoi alimenter les scripts des prochaines saisons GUYANE ! Merci Monsieur Farine pour vos enquêtes poussées

  • GZ

    Chiche !
    La Guyane connaît donc une (des ?) société minière légale et légalement secrète …
    L’attitude cachottière devrait être d’un autre temps selon nos rêves – mais elle ne l’est pas. C’est carrément un pb culturel – comme je viens de dire ya peu…

  • GZ

    Je m’en souviens très bien et allais dire que ta nouvelle mise au ban se profile :-)) Va, une lettre de noblesse de plus dans ce caniveau fétide…

    Note toutefois que ton contact DEAL a allègrement violé la loi – dans la mesure où la jurisprudence administrative saurait être nommée Loi…
    Raconte donc à ce brave que, selon l’avis (=jurisprudence) constante de la CADA, la communication d’un document à caractère public (à moins de tomber sous les exceptions très précises le rendant non-communicable) ne tolère aucune autorisation et aucune interdiction.

    A savoir que, dès lors qu’un document/information est par nature communicable (et là il l’est, de toute évidence), sa communication est une obligation légale.
    Or, l’exécution de la loi s’impose à tous et ne demande aucune autorisation. La simple demande de l’autorisation d’un supérieur est déjà un acte délictueux. Quant à l’interdiction de communication, elle est illégale en soi, fut-elle d’un préfet.
    Telle est la loi, la belle loi. La théorie, quoi. Poses et semblances face à la réalité du (ir)respect des lois.
    Pb institutionnel, mais je pérore pitèt.

  • FF

    Absolument c’est sidérant : à la question simple par exemple y a-t-il un arrêté de mesures d’urgence concernant une autre société minière légale que CMB. Réponse : « ordre reçu de la préfecture de ne pas vous répondre ». La Guyane serait-elle une apparence d’état de droit ?

  • FF

    Et enfin, selon une jurisprudence de la Cour européenne , le devoir de réserve du fonctionnaire (qui ne concerne évidemment pas les documents communicables) s’efface lorsqu’l dénonce un fait d’intérêt général (voir l’affaire de l’infirmier de Taluen qui avait dénoncé il y a quelques années l’état du centre de santé et que la direction de l’hôpital de Cayenne souhaitait sanctionner avant de rétropédaler)

  • LEAURENT

    Pas besoin d’aller voir la Yaoni pour verbaliser la CMB, il suffit de passer le pont de la RN2 sur la crique Boulanger : des tonnes d’alluvions rejetées dans l’Orapu… depuis des années.
    2 poids, 2 mesures?

  • GZ

    Non, pas la Guyane : la Guyane N’EST PAS un état…

    Le « devoir de réserve » n’est qu’une invention pour cacher cet état de fait…

  • moibeni

    garrot-chaillac aussi transparent que l’eau de la crique : info greffes 1/12/2017 Comptes annuels non déposés
    31/12/2016 Comptes annuels non déposés
    31/12/2015 Comptes annuels non déposés
    31/12/2014 Comptes annuels non déposés

  • Francois

    les rézos des kopains vérolent aussi certains services de la CTG et de l’Etat – incroyable comme ces exploitants miniers se moquent des lois de la République ! Et ils veulent nous faire croire qu’ils réhabiliteront les sites après exploitation ? J’ai la même analyse que l’ami Morvandiau, et pour avoir séjourné pendant 8 ans chaque année quelques semaines vers Cacao je confirme l’ampleur des destructions et pollutions .

  • Maiouri Nature Guyane

    Certains agents de la Deal Guyane semblent méconnaitre l’Article 28 de la Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.
    – « Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.
    Il n’est dégagé d’aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés ».

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