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Immigration et insécurité : l’étonnant mélange à Saint-Laurent

Immigration et insécurité : l’étonnant mélange à Saint-Laurent

Sophie Charles, maire de Saint-Laurent du Maroni, organisait une conférence de presse sur l’immigration samedi 8 mai. Un exercice plutôt inhabituel pour l’édile et qui intervient à la suite de l’arrivée récente de ressortissants haïtiens dans la commune, via le Suriname. Toutefois si cet événement, auquel aucun représentant de l’Etat n’a participé, s’inscrit dans ce contexte particulier, il a été l’occasion pour certains élus de lier, sans trop de nuances, ce thème à celui de l’insécurité et de la « délinquance ». Le hasard du calendrier fait qu’une marche « contre l’insécurité » organisée par l’association Trop Violans était organisée à 9h ce samedi au même endroit et accueillie à bras ouverts par la mairie.

Dans la lettre ouverte – « l’immigration en question » – lue en début de conférence, et dont Guyaweb publie une copie ici et , Sophie Charles s’inquiète de « l’absence de réelle politique en matière d’immigration » et des « moyens de contrôle [de la frontière qui] manquent », illustrant son propos par la traversée récente du Maroni par des ressortissants haïtiens  (Lire Guyaweb). Une « crise » qui comporte des « risques pour les migrants livrés à eux-mêmes […] et des risques sanitaires pour la population ». Mais dans cette lettre au titre évocateur, Madame Charles alerte surtout qui veut bien l’entendre sur les « conséquences de l’immigration [qui] s’inscrivent dans la durée et modifient durablement notre société en profondeur. »

Sur le parvis de l’hôtel de ville, pas de représentants de l’Etat mais des dizaines de personnes venues à l’invitation de l’association Trop Violans pour la marche « contre l’insécurité » organisée à 9 heures, soit, sur le papier, une demi-heure après la conférence de presse. Deux événements en théorie indépendants. Pourtant, après la prise de parole de Sophie Charles, trois élus vont s’exprimer indifféremment sur les deux thèmes.

Barbara Bartebin, conseillère municipale, relatera ainsi son agression il y a deux ans, sur le « palier de [sa] porte ». « Je comprends la souffrance et votre souffrance quand on se fait agresser, maltraiter et ne pas être compris au niveau de l’Etat » commence l’élue qui poursuit, « nous devons agir, c’est nous qui subissons, qui voyons ce qui se passe dans la ville de Saint-Laurent du Maroni ». Après un mot pour la jeunesse, elle conclura : « Soyons debout, soyons fiers d’être Saint-Laurentais, quel que soit… Moi je suis née à Cayenne mais toute mon enfance je l’ai faite à Saint-Laurent du Maroni. Mon père et ma mère sont venus à Saint-Laurent. Nous sommes venus, nous avons bâti et j’ai fait toutes mes classes à Saint-Laurent et c’est pas pour ça que je suis devenue une délinquante. Voilà, donc aujourd’hui nous sommes là, merci madame le maire pour la lettre ouverte et j’espère que l’Etat prendra ses responsabilités au niveau de Saint-Laurent et de ses habitants car nous ne sommes pas des robots, nous savons réfléchir. Nous avons des intellectuels, des cadres A à Saint-Laurent du Maroni alors donnons-leur la possibilité aussi de dire ce qu’ils ont à dire au niveau de l’insécurité et de l’immigration qu’il faudra contrôler ».

La deuxième élue à prendre la parole est Stéphanie Lamori-Cochi, en charge de la petite enfance, qui explique : « Le développement d’un tout-petit doit se faire dans un climat familial apaisant, sécurisant, épanouissant dont il a besoin pour grandir et s’épanouir. Pour ce faire nous devons tous nous mobiliser afin de trouver des solutions adéquates à ce phénomène d’immigration que notre commune subit actuellement […] Il est important de souligner que ce sont les adultes de demain, de ce fait nous devons impérativement leur offrir à eux et leur famille une chance égale de pouvoir se réaliser pleinement, de devenir des adultes épanouis et engagés. Sinon on le sait tous, la délinquance, l’insécurité, l’instabilité perdureront ici à Saint-Laurent. »

Enfin, c’est Ferdinand Boisrond, 5eme adjoint en charge de la jeunesse et très investi sur les questions de délinquance, qui s’exprime : « Il faudrait mettre plus de moyens sur le contrôle de la frontière. Nous le savons, l’immigration a un impact direct sur l’insécurité. Nous avons Whatsapp, nous voyons des jeunes armés, d’où viennent les armes ? […] [Sur le contrôle de la frontière] on nous dit qu’il manque des moyens, ok, mais comment, de l’autre côté, le Suriname arrive à faire respecter son couvre-feu et son confinement ? [applaudissements] Il faut voir que quand eux se mettent au travail de l’autre côté, rien ne passe […] Moi je vous dis, Saint-Laurentais, on est tous en danger ici. Dieu nous aide jusqu’au jour d’aujourd’hui mais si les moyens ne sont pas mis sur la frontière, nos enfants, nous, ne serons pas en sécurité et nous ne le sommes pas de toutes façons. »

Pas de « langue de bois »

Interrogée par Guyaweb sur le lien entre immigration et insécurité développé par ses élus, Sophie Charles assume : « Oui, parce que c’est le sentiment de la population. On ne peut pas ne pas en parler parce que ça voudrait dire qu’on fait de la langue de bois et moi je ne suis pas dans ce sujet-là » et elle balaie l’idée d’un rapprochement avec un parti politique : « Moi j’ai pas de parti, je n’ai pas de rapprochement politique. Je dis que depuis 3 / 4 mois, j’ai une augmentation de la violence sur le territoire. Il faut qu’on fasse des actions pour la violence et des actions pour l’immigration. Il y a des choses dans l’immigration qui font qu’il y a plus de violence mais ce n’est pas l’immigration qui cause la violence, ce n’est pas vrai. »

Toutefois, choisir de parler le même jour d’immigration en mêlant demandeurs d’asile, immigration clandestine, armes à feux et insécurité, rend la lecture de l’événement difficile. Sophie Charles tente alors de rendre les choses plus claires : « [L’arrivée des migrants haïtiens] ne me fait pas peur pour l’insécurité du territoire, ça me fait peur tout court pour le territoire parce que ça veut dire qu’à la rentrée j’aurai des enfants supplémentaires dans les écoles parce qu’il y a des enfants qui sont dans la nature, ils sont venus sans parents, on ne sait même pas comment ça se passe. Ils n’ont pas donné de laissez-passer pour les enfants, on sait pas où ils sont. Moi ce qui m’intéresse, c’est qu’à la rentrée j’ai des enfants que je vais devoir scolariser parce qu’ils sont sur le territoire et ça c’est normal. Mais moi je crois qu’il est important de comprendre que l’insécurité qui est faite par un certain nombre de personnes est le non-contrôle de la frontière. L’immigration, c’est que le non-contrôle de la frontière, c’est là où je veux aller, permet aujourd’hui l’entrée illégale d’armes, de drogues et c’est ça qui fait l’insécurité. »

A cette conférence de presse, pas de trace du sous-préfet, avec qui Sophie Charles avait déposé une gerbe à l’occasion du 8 mai un peu plus tôt dans la matinée. Questionnée, l’édile nous apprend que « [Frédéric Bouteille] pense que nous voulons faire une manifestation contre l’Etat, c’est pas ce qu’on fait. On fait une manifestation pour alerter et pour dire qu’on est dans une situation difficile et qu’il faut à un moment donné que tout le monde prenne ses responsabilités ».

De façon plus générale, Sophie Charles affirme ne pas avoir été consultée sur le sujet par les parlementaires. « Jamais, je vais vous le dire, aucun parlementaire ne m’a appelée. Ni Monsieur Patient, ni Madame Phinéra [sénateurs, ndlr], Monsieur Lénaïck Adam, Monsieur Serville [députés, ndlr], personne ne m’a appelée. Monsieur le président de la CTG [Rodolphe Alexandre, ndlr] ne m’a pas appelée, personne ne m’appelle sur le sujet, c’est pour ça que je fais une lettre ouverte parce que personne n’a l’air de… C’est nous les élus de proximité qui sommes au côté des gens. Moi l’intérêt c’est de dire, je ne comprends pas, vous faites un courrier [lettre adressée au ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, ndlr], très bien, ça va dans le bon sens, mais à un moment donné on est tous dans le même bateau quoi. » Lénaïck Adam présent à la marche contre l’insécurité « pour soutenir la population » affirme ne pas avoir « besoin de consulter les gens quand j’écris une lettre », tout comme Sophie Charles ne l’a « pas consulté pour sa lettre ouverte ».

Enfin, le bus de Trop Violans arrive, de Cayenne, sur les coups de 9h30. Avant de passer le micro à une « victime », Madame Charles s’exprime une dernière fois : « Nous tenions à faire cette conférence de presse avant le départ de la marche contre les victimes (sic) parce que cette marche que nous avons, je le rappelle, avec Trop Violans, c’est pour soutenir les victimes. […]. Je vous demande de participer avec cet esprit constructif de soutien aux victimes et de demande de moyens supplémentaires pour un territoire qui accueille une immigration massive parce qu’on parle de ce qui est arrivé aujourd’hui mais je vous dis, tous les jours nous avons entre 4 et 10 personnes, voire 40 personnes, qui rentrent sur le territoire. […] Nous ne sommes pas là pour stigmatiser les populations immigrées, elles sont elles-mêmes dans une très grande peine, obligées de quitter leur pays pour des raisons sociales ou politiques. Mais lorsqu’on est en France, le pays des droits de l’Homme, où nous devons accueillir avec dignité les gens, cela doit être fait pour tous. »

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6 commentaires

  • Morvandiau
    10 mai 2021

    Donc, depuis leur crise à Iracoubo, Trop violans n’a plus besoin de motif impérieux pour franchir le point de contrôle ?
    Bénéficient-ils d’un laisser-passer accordé par la préfecture ?

  • lematourien
    10 mai 2021

    Tous les elus ont recu du baton..Saint Laurent c est si loin…

  • lematourien
    10 mai 2021

    Comme Trop Violans et le Rassemblement National sont en voie de dediabolisation reussie

  • Morvandiau
    10 mai 2021

    @lematourien,
    Trop violans a été diabolisé ?
    En 40 ans de Guyane, j’ai eu largement l’occasion de constater qu’en Guyane la parole xénophobe, raciste et très généralement discriminatoire, navigue entre complaisance et indifférence, que ce soit de la part de la classe politique Guyanaise (qui passe son temps à scruter l’outre atlantique pour s’indigner haut et fort sur la plus microscopique allusion douteuse) ou bien des médias locaux (qui nous informent ad nauseum sur les discriminations raciales en métropole ou aux USA mais qui sont frappés de cécité et de surdité quand ça se passe ici).
    On est en 2021, le bushinengué et l’amérindien sont toujours méprisés et traités comme des êtres inférieurs dans les administrations territoriales et par une frange de la population du littoral qui campe sur ses acquis de la colonisation et passe son temps à fustiger haineusement les vagues migratoires (hmongs, brésiliens, haitiens, syriens, etc…) qui pourraient, sans doute à juste titre, mettre enfin un terme à leur apartheid.
    La haine est totalement libre en Guyane, elle est même soutenue par les députés, c’est dire !

  • GZ
    11 mai 2021

    « le bushinengué .. traités comme des êtres inférieurs dans les administrations territoriales et par une frange de la population du littoral … qui passe son temps à fustiger haineusement les vagues migratoires (hmongs, brésiliens, haitiens, syriens, etc…) »

    Hihihihi

  • GZ
    11 mai 2021

    « Nous avons des intellectuels »

    dixit Barbara Bartebin.

    C’est la première fois que « l’on » se permette une telle prétention en Guyane. J’ai comme la vague impression que la section commentaires de Guyaweb est lue aussi au Far-Ouest – en tout cas la découverte du mot « intellectuel » – et son usage très osé – ne s’explique pas autrement…

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