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Les inégalités intérieur/littoral relevées par le Haut conseil de santé publique

Les inégalités intérieur/littoral relevées par le Haut conseil de santé publique

Créer entre le CM2 et la 6e « une année de scolarisation à domicile » pour les enfants des villages amérindiens et bushinengue des fleuves. Accompagner les centres délocalisés de soins vers une montée de leurs capacités et compétences. Préparer au mieux les personnels qui enseignent et soignent sur le fleuve. Proposer un test de dépistage VIH à toute personne qui arrive en Guyane… le Haut conseil de santé publique préconise soixante-et-une actions pour lutter contre l’inégal accès à la santé dont souffrent les 40 000 habitants du Grand Sud et du Grand Ouest guyanais.

Suite à la parution en janvier 2018 de deux enquêtes épidémiologiques révélant des contaminations fortes au plomb dans plusieurs cohortes de Guyane et le maintien à des taux élevés de l’intoxication mercurielle des habitants du Lawa-Litany, et suite à la médiatisation de ces résultats inquiétants, la direction générale du ministère de la Santé, plus précisément la sous-direction de la « prévention des risques liés à l’environnement et à l’alimentation », avait confié au Haut conseil de santé publique (HCSP) la mission d’établir le bilan sanitaire des 40 000 habitants de l’Oyapock et du Maroni-Lawa-Litany, et de formuler des préconisations pour rompre avec cette situation inégalitaire.

Les formulations du HCSP, écrites sur la base du corpus scientifique, de rapports déjà publiés et d’entretiens, ont ainsi été rendues publiques ce mardi 4 mai.

Dans un rapport lourd de 256 pages, à l’image des enjeux de santé publique qui pèsent en Guyane – VIH, saturnisme, tuberculose, imprégnation mercurielle, arboviroses, diarrhées aigües, malnutrition, paludisme… les experts pointent du doigt les principaux facteurs contribuant à la dégradation de la santé et à l’inégal accès à l’offre de soins et de prévention de ces 40 000 Guyanais de l’intérieur. 

Parmi ces facteurs : « l’accès à l’eau et l’assainissement », les « intoxications » au plomb et au méthylmercure, la malnutrition, la santé sexuelle et la santé de la reproduction, l’égalité entre les genres …

Pour remédier à ces fortes inégalités le HCSP a formulé « soixante-et-une préconisations ». La première d’entre elles invite à « renforcer les coopérations » avec le Suriname et l’Amapá, puisque les frontières sont les bassins de vie des populations des fleuves et plus généralement avec les pays de la grande région : Guyana, Caraïbes. La coopération transfrontalière sanitaire « doit s’appuyer sur un dispositif institutionnel souple, mais renforcé par les accords européens et internationaux, garantissant un accès à des soins de qualité, non discriminant mais assurant un équilibre des charges supportées par les différentes parties.»


Pour une décentralisation de l’offre de soins : renforcer les Centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS) et l’action dans les établissements scolaires

Pour le HCSP, la situation ne pourra pas s’améliorer sans une montée en charge des CDPS – placés sous la responsabilité du Centre hospitalier de Cayenne – dans l’offre de soins physiques et mentaux. Pour les experts, il faut « renforcer » les capacités de ces centres de soins, les doter d’échographes, de laboratoires d’analyses biologiques, leur « déléguer une réelle capacité de management ». 

Pour une « coordination efficace », les centres de protection maternelle et infantiles (sous compétence de la Collectivité Territoriale de Guyane – CTG) et les CDPS doivent « créer des équipes mobiles allant vers les femmes » enceintes les plus éloignées. 

Dans le même temps, il faut aussi « déployer la polyvalence » du personnel en « santé scolaire », au plus près des jeunes Guyanais. L’accent doit être mis sur le dépistage (infections, parasitoses, handicaps …), les vaccinations, la lutte contre les violences et les addictions, l’hygiène individuelle et collective. L’Éducation nationale et la formation continue sont appelées à participer à l’effort général : « En raison de la faible densité de professionnels qualifiés de santé et du travail social disponibles dans les zones éloignées, les professionnels y exerçant devraient bénéficier d’une formation complémentaire à caractère multidisciplinaire. Des formations techniques et professionnelles devraient également être organisées dans les futurs lycées et autres établissements de l’intérieur existant dans le champ social

En appui des mesures de prévention du suicide des jeunes récemment mises en place, le HCSP préconise de « privilégier le temps de la scolarité » avec une attention particulière aux enfants éloignés de leur famille et de leurs modes de vie coutumiers. Il propose aussi de créer entre le CM2 et la 6e « une année de scolarisation à domicile via le CNED » avec un soutien éducatif adapté pour les enfants des villages amérindiens et bushinengue de l’Oyapock et du Maroni-Lawa-Litany. 


La mère et l’enfant

Afin d’ « assurer la continuité du service et la plus large couverture géographique », les experts appellent à un « partenariat renforcé entre la Collectivité territoriale de Guyane, les services de l’État, la CAF et les collectivités locales », en faveur de la santé de la mère et de la famille. 

Il faut également « renforcer les programmes obligatoires d’instruction sur la santé sexuelle et la santé de la reproduction » prodigués au cours du cursus scolaire en associant le rectorat, la CTG, l’Agence régionale de santé (ARS) et la CAF et « insister particulièrement sur les notions de droit au respect mutuel et la notion essentielle de consentement 

Il faut « intensifier le dépistage du saturnisme » presse aussi le rapport qui invite à la « publication » sans tarder « des résultats détaillés des études du saturnisme en Guyane déjà réalisées », « de même que la mise en œuvre de nouvelles études ».

Le rapport préconise en outre de « réactiver l’Observatoire de la non-scolarisation » afin d’éclairer la mobilisation des associations en direction des jeunes isolés, notamment les filles pouvant être victimes de grossesses trop précoces.

Le Haut conseil invite aussi à « réaffirmer » « les principes de la laïcité », de « l’égalité des genres » et le « respect absolu du corps », dans les services de santé, de l’action sociale et de l’éducation.

Pour un égal accès à l’éducation et contre le décrochage scolaire, le HCSP invite à « renforcer les programmes obligatoires d’instruction sur la santé sexuelle et la santé de la reproduction » et à « créer sans délai » un centre de planification familiale (structure privée) à Saint-Laurent du Maroni.

Un tiers des enfants seulement étant couverts par la restauration scolaire en Guyane, deux propositions sont faites pour améliorer l’équilibre nutritionnel des enfants scolarisés avec un investissement raisonnable : « favoriser l’ouverture de petites cantines scolaires locales », « promouvoir au voisinage des établissements, les services d’« assistantes familiales d’alimentation scolaire » agréées par la CTG ».

Concernant la lutte contre le VIH, les experts préconisent de « proposer systématiquement un test de dépistage du VIH à toute personne née hors du territoire et résidant en Guyane, ainsi qu’à tout nouvel arrivant (plus de 50% des infections ont été acquises par des migrants après leur arrivée en Guyane !) en déployant une offre mobile et plus large de dépistage incluant les tests rapides d’orientation diagnostique ».


Des actions spécifiques pour les précaires, les sans papiers et les garimpeiros

Dans les ilots d’habitat spontané et dans les villages isolés, où les vagues de diarrhée aiguës sont 2 à 4 fois plus élevées que dans l’Hexagone, le rapport préconise « l’installation de bornes d’accès à l’eau et de latrines ».

Et pour les orpailleurs clandestins en forêt, il invite à mener des opérations « à plus grande échelle » de « prévention, de soins et d’éducation à la santé », « pour des raisons humanitaires », mais aussi pour « réduire » le risque épidémique. « Ces actions de santé publique ne s’opposent pas à la maîtrise de l’immigration car elles ont leur logique propre » signale le HCSP. 

Le projet Malakit, initié par le Centre Hospitalier de Cayenne, qui concerne le paludisme, constitue pour les experts « une expérience convaincante et prometteuse ».

Dans le même temps, le HCSP rappelle aussi « avec force » que le « renforcement » de la lutte contre l’orpaillage illégal, constitue « une urgence environnementale » et une « priorité de santé publique ». 

Les experts soulignent aussi « l’importance d’une surveillance effective » par la Direction régionale de l’environnement « du respect » par les miniers légaux de pratiques moins impactantes sur les milieux. 


« Assurer une formation » pour tous les fonctionnaires d’État et hospitaliers prenant un poste sur le territoire 

« Le niveau de connaissance de la réalité guyanaise par les personnels qui y sont affectés dans les différentes fonctions publiques est généralement faible, voire inexistant lorsqu’ils ont été formés hors du territoire. Afin de faciliter l’intégration de ces professionnels (fonctionnaires comme contractuels), en particulier pour ceux qui exerceront dans les communes de l’intérieur, une formation doit être assurée lors de leur prise de fonction. Le contenu de celle-ci devrait être établi conjointement par le rectorat, l’Université de Guyane, l’ARS et le Centre national de la fonction publique territoriale. »

Une : Carte des concentrations moyennes* de mercure en μg/g de cheveux. Source : Quénel, 2007  – extraite du rapport du HSCP  » Les inégalités de santé en Guyane : état des lieux et préconisations « 

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1 commentaire

  • rj42
    08 mai 2021

    blablabla
    encore un beau voyage sur le fleuve payé à des « experts » qui s’écoutent parler

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