Douze mouvements politiques indépendantistes d’Outre-mer ont acté vendredi 24 janvier à Nouméa la création d’un Front international de décolonisation. Cette organisation compte réinscrire la Guyane sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser. Bien qu’absente du congrès fondateur, l’ombre de l’Azerbaïdjan plane sur cette nouvelle instance dans un contexte de tensions entre Paris et Bakou, accusé par la France d’ingérence dans ses territoires ultramarins.
Des représentants de mouvements indépendantistes de plusieurs territoires d’Outre-mer et de Corse se sont réunis jeudi 23 et vendredi 24 janvier en Nouvelle-Calédonie pour le congrès constitutif du « Front international de décolonisation » (FID). Initialement esquissée l’été dernier par le Groupe d’initiative de Bakou, cette organisation réunit douze mouvements indépendantistes ultramarins*, parmi lesquels le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale (MDES) du député guyanais Jean-Victor Castor.
Ce Front international de décolonisation vise à conduire les « nations » concernées à la « pleine souveraineté », selon la charte constitutive de l’organisation relayée dimanche par l’AFP. Les signataires souhaitent notamment « obtenir le statut de membre observateur du Mouvement des non-alignés« , ainsi que l’inscription de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Corse « sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU« . Liste dont faisait partie la Guyane jusqu’à la départementalisation en 1946.
À noter que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie sont déjà inscrites sur cette liste des pays à décoloniser, depuis 1986 et 2013 respectivement, ce qui permet aux mouvements indépendantistes de ces territoires de dialoguer avec l’ONU. C’est ainsi que des membres du MDES, invités par des Kanak, ont pu s’exprimer en 2023 au siège new-yorkais des Nations Unies lors d’une table-ronde sur la décolonisation des territoires sous tutelle française, pour porter le plaidoyer d’une Guyane indépendante.
Ingérence étrangère
Cette table-ronde avait été organisée par le Groupe d’initiative de Bakou (GIB), une ONG internationale selon ses statuts, créée en Azerbaïdjan en juillet 2023 pour soutenir « les mouvements anti-coloniaux ». Le GIB, qui ne ménage pas ses efforts pour favoriser les rencontres entre les représentants de formations indépendantistes ultramarines, est considéré par Paris comme une « officine de propagande d’Etat contre la France » qui mène une politique la ciblant via les Outre-mer.
Les relations entre les deux Etats sont tendues depuis la reprise, en 2020 puis 2023, du conflit armé opposant l’Arménie – soutenue par la France – et l’Azerbaïdjan. Dans ce contexte, Bakou est accusé par Paris d’ingérence dans ses territoires ultramarins où le régime du dictateur Ilham Aliyev soutiendrait les mouvements indépendantistes, comme le FLNKS lors des troubles politiques qui ont secoué la Nouvelle-Calédonie en 2024.
Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, s’est d’ailleurs exprimé ce week-end dans Ouest-France pour affirmer, à propos du Front international de décolonisation, que l’Azerbaïdjan « met en œuvre des opérations d’ingérence et de déstabilisation ». « Ce régime, à visage découvert et sans le moindre scrupule, s’attaque à notre intégrité et à nos principes fondamentaux. C’est inacceptable » a dénoncé Manuel Valls. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a quant à lui appelé à ce que ces « tentatives vaines menées par l’Azerbaïdjan » cessent « immédiatement ».
La réponse de Bakou n’a pas traîné. Elle figure en page d’accueil des réseaux sociaux du GIB qui « réfute résolument ces allégations et les dénonce. (…) Le GIB en tant qu’ONG internationale qui lutte contre le colonialisme selon son mandat a proclamé le procès de la colonisation comme son but principal et continue ses activités légitimes dans ce sens » a déclaré Abbas Abbasov, le directeur exécutif du Groupe d’initiative de Bakou, dont sont membres des indépendantistes de Martinique, de Guyane (MDES), de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française.
Photo de Une : le drapeau azerbaïdjanais flottait aux côtés de ceux de la Guyane et de la Kanaky lors du congrès constitutif du Front international de décolonisation (FID) organisé les 23 et 24 janvier à Nouméa © Facebook Groupe Initiative Bakou
*Dans le FID figurent notamment le FLKNS de Kanaky / Nouvelle-Calédonie, l’Union pour la libération de la Guadeloupe (UPLG), le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale (MDES) de Guyane, le Parti pour la libération de la Martinique (Palima), le Tavini Huiraatira de Polynésie et Nazione de Corse. Hors outre-mer français, la charte du FID a été signée par des représentants de deux territoires néerlandais, Bonaire et la partie sud de l’île de Saint-Martin (Sint Maarten).
Pour aller plus loin, relire cet article consacré à la stratégie internationale du MDES pour l’indépendance de la Guyane. DE BAKOU À NEW YORK, LA STRATÉGIE DU MDES POUR FAIRE EXISTER LE « PÉYI GWIYANN »
5 commentaires
Qu’une dictature pétrolière puisse servir à un insignifiant ministre français des DOM-TOM et un non moins insignfiant député français piqué d’esprit d’indépendance de briller à l’international, c’est croquignolesque comme dirait l’autre.
Mais autant le premier n’etonne plus personne tant il pret à toutes les bassesses pour montrer sa trogne à la lucarne, autant on peut s’interroger sur les passions azéris du second… Car l’Azerbadjan n’est pas, dirons nous, un champion historique des luttes indépendantistes. S’ils se sont extraits de la gangue imperialiste russe, à coup de petro-dollars, un air de duplicité plane sur cette curieuse alliance.
Yé di charbonnier maître chez soi
A sou couri nou ké oué sa
Et tout cela avec un état sous la poigne d’un autocrate !!
Catayee reveille toi ils sont devenus fous!!
Il faut vraiment que je pense à moins réprimander ce pauvre Morvandiau…Même sur son grand sujet de prédilection…il n’ose même plus trop l’ouvrir, désormais…Lui qui nous avait si bien vendu sa version complotiste du financement des affiches de campagne du député Castor, par le régime de Bakou…
Le plus drôle dans tout ça, c’est que les trois quarts des types à qui ce nouveau penchant pour la réalpolik de la mouvance indépendantiste française, sort par les yeux…a clairement voté en son temps pour un autre gugusse, qui lui invitait carrément le dictateur Kadhafi à planter sa tente dans les jardins de l’Elysée… Le potentiel traitre en question est en procès actuellement. Si le gugusse et ses sbires vont en prison pour leurs accointances secrètes (mises à nues par la justice) avec le régime, peut-être qu’incidement les indépendantistes réfléchiront…Si le gugusse obtient seulement un deuxième bracelet au pied…Alors s’en sera peut-être bien fini de cette injonction morale sur l’ingérence des puissances étrangères…L’argument deviendra sans doute totalement inaudible et futile…y compris sur un plan judiciaire.
@Bello973
Bonne remarque. Les Français peuvent ballayer devant leur porte avant de causer ingérence étrangère… Pour autant, les amourettes transcaucasiennes des indépendistes guyanais ne laissent de surprendre. C’est un choix sans doute réaliste (opportuniste ?) mais cela dessert peut-être la volonté d’indépendance sur le temps long. Si le choix de ses ennnemis est vite vu, le choix de ses amis importe aussi beaucoup. Et ce n’est pas le gugusse qui me contredira !!