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Trois militaires morts : le refus du préfet de rendre compte

Trois militaires morts : le refus du préfet de rendre compte

Jeudi en début d’après-midi, pour ma part, après un appel téléphoniques et un SMS aux forces armées de Guyane (FAG) mercredi, tous deux restés sans réponse, je relance par SMS lesdites forces armées de Guyane avec pour objectif d’obtenir un échange avec un officier des FAG sur les faits.

Tous les éléments sont à disposition sur nos réseaux sociaux, je vous invite à les consulter.

Cette réponse des forces armées de Guyane me parvient deux heures plus tard : «Tous les éléments sont à disposition sur nos réseaux sociaux, je vous invite à les consulter».

Autres temps, autre mœurs.

Les autorités étatiques en Guyane (pour le moins la préfecture et les forces armées, la gendarmerie étant tout aussi muette depuis les faits) semblent désormais considérer que leurs affirmations et leurs articles auto-rédigés sur leurs propres murs institutionnels suffisent au débat public : derrière l’aberration démocratique sourd en réalité un refus de rendre compte.

Un refus de répondre aux questions d’intérêt général, un moyen peut-être de se soustraire à certaines responsabilités.

Mais les familles des victimes, un jour ou l’autre, voudront savoir. Peut-être plus vite qu’on ne le pense.

Ce refus de rendre compte, notamment aux journalistes donc de fait aux citoyens, est un virage à 180 degrés amorcé notamment par l’actuel préfet Patrice Faure depuis un an et demi environ en matière d’activité aurifère : l’or produit (légalement comme illégalement) est sous une chape de plomb préfectorale, les faits en attestent.

C’est d’ailleurs notre site qui l’avait souligné à l’époque (voir cet article) : début 2018 pour la première fois depuis au moins une décennie, le préfet n’organise pas de bilan Harpie où se pressaient ces dernières années journalistes, associations et collectifs et même des personnalités locales : du monde politique voire du domaine minier (on a pu, par le passé y croiser Carole Ostorero, actuelle présidente de la FedomG (Fédération des opérateurs miniers de Guyane) qui fut conseillère régionale chargée des ressource naturelles à la Région au sein de la majorité de Rodolphe Alexandre tout en étant à la tête d’un groupe minier).

Raison de l’annulation de l’habituel bilan Harpie 2017 par le préfet début 2018 ?

Les chiffres à l’époque sont catastrophiques (voir cet article). Le nombre de sites illégaux n’a jamais été aussi élevé en Guyane : 629.

La situation est moins catastrophique au milieu de l’année 2018 : un bilan a donc lieu cette fois en préfecture en juillet. Mais pour la première fois depuis longtemps, aucun chiffre relatif aux exploitations légales n’est fourni, aucune donnée relative à leur contrôle, non plus.

Début 2019, en guise de bilan Harpie 2018, nul point presse : les journalistes reçoivent par e-mail un pdf incomplet avec des chiffres, sans obtenir d’explications.

En outre, le nombre total des sites clandestins identifiés en Guyane est trappé : autrement dit, il ne figure nullement au bilan pdf de la préfecture.

Notre confrère de Guyane 1ère Laurent Marot indique alors en reportage avoir reçu l’assurance d’un bilan Harpie plus complet et de vive voix dans les semaines qui suivront.

Une promesse de bilan en préfecture qui ne verra pas le jour.

Un nouveau pallier est franchi en mai dernier suite à une pollution de matières en suspension imputable à une société minière légale sur la crique Yaoni dans le secteur de Cacao.

Alors que j’enquête sur ce dossier, la préfecture enjoint à la Deal (en train de commencer à rédiger des réponses qui ne me seront jamais adressées) de ne pas répondre à ces questions, pourtant d’intérêt public touchant à la santé et à l’environnement (voir cet article en accès libre).

Et je ne serais pas le seul journaliste à essuyer un véto préfectoral, me fait alors comprendre une source au sein de la Deal.

Toujours le même refus préfectoral, dès lors, de rendre compte sur des faits d’intérêt général, sur des informations qui conditionnent la vie publique.

Nos propres canaux d’informations (nos murs Facebook) valent mieux que le journalisme, comprend-on dès lors aujourd’hui.

Ennemi d’Etat, un certain Victor Hugo plaçait la liberté de la presse au même niveau que le suffrage universel.

Dans son livre, Le Droit de Savoir, Edwy Plenel co-fondateur et directeur de Médiapart rappelle cette conviction de Victor Hugo.

Dans Le Droit de Savoir, le directeur de Mediapart écrit ceci : « Pour agir en citoyen, j’ai besoin de savoir. Savoir ce qui se dit, se fait, se trame, se décide, s’organise, au nom du peuple souverain ou sous couvert du peuple souverain. S’agissant des affaires publiques, la publicité doit donc être la règle et le secret l’exception ».

Les mêmes qui refusent de répondre ne cessent de déployer des stratégies de communication afin d’imposer leur récit contre les faits, leur commentaire au détriment de l’information

Ce livre souligne encore : « Un journaliste fait son travail quand il apprend au public ce qui lui échappe, ce qu’on ne voudrait pas qu’il sache, ce qu’on lui dissimule ou qu’on lui cache, ce qui lui est méconnu ou inconnu, bref tout ce qui ne ressort pas de la communication ».

Ou encore, clairvoyant et par expérience : « Pour un journaliste d’enquête (…) l’exercice du droit de savoir relève, au jour le jour, d’une guérilla plutôt que d’une évidence. Ici l’exception est la norme. Proclamés, les principes n’en sont pas moins bafoués. Refus, silence, dérobade, mutisme, échappatoire, faux-fuyant etc ; l’attitude dominante, admise et tolérée est à l’opposée d’une culture apaisée du droit de savoir (…) Et ceci alors même que, dans nos sociétés médiatisées, d’instantanéité et d’immédiateté, les mêmes qui refusent de répondre ne cessent de déployer des stratégies de communication afin d’imposer leur récit contre les faits, leur commentaire au détriment de l’information ».

Une saine lecture.

Aux éditions Don Quichotte.

FF

En Une, photo d’archives, l’Hôtel préfectoral à Cayenne

Cet article est composé de plusieurs parties, lire la suite:

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23 commentaires

  • Frog

    Empoisonnement délibéré ? Galeries piégées ?

  • FF

    On ne sait pas. Nous disons que l’évitement des questions n’est pas tenable.

  • Pagainnom

    Je pense que leur silence tente (en vain) de masquer leur totale incompétence dans un pays qui vire l’autoritarisme… Attention au retour de bâton…

  • GZ

    Dégringolade.
    Du coup, ni CO ni CO2. Piège en bas trou par klando chimiste ou aléa gazeux d’un explosif décomposé par erreur de manipulation ou de stockage. Et puis yaka dire que c’est du complotisme..

    « l’or produit (légalement comme illégalement) est sous une chape de plomb préfectorale » ? Et c’est comme ça certains, à la majorité CTG, veulent convaincre les citoyens du bien-fondé de la relance de l’orpaillage légal, Montagne d’Or et autres ?
    (En fait, réellement Citoyens ?)

  • Desijose

    Tout simplement, encore le constat de la main mise de la macronie des mangeurs de homards sur la France d’en bas. Un préfet pense d’abord à sa carrière et à son avancement. Le p,tit tour en Outre-mer, c’est juste pour faire avancer les points de la retraite
    . Bizarre, là il n’y a que la ministre de l’armée pour s’exprimer, les vies de ces soldats ne valent sans doute pas celles de bobos qui peuvent à l’occasion faire reluire les paillettes.
    . Ecoeurée, dégoutée

  • GZ

    La mise en évidence d’une saturation CO demande une goutte de sang et qq instants.

  • FF

    Tu as du te tromper d’article

  • GZ

    ?
    A savoir au regard des « analyses en cours »..

  • GZ

    Oh, ci ou là, on tourne autour. Que ce n’est pas le CO.
    Je vois que le refus de communication a fini par être revendiqué face au journaliste aussi, auparavant réservé aux simples sans-dent. C’est parce que même la forme n’importe plus. Bientôt plus de journalisme d’investigation à ce rythme-là. Tu devras changer de métier, d’autant plus que la Métropole suit la Guyane fidèlement. Là, le gvt vient d’annoncer que le nombre des voitures brûlées ne sera plus communiqué, étant « sans intérêt pour le public ».
    Quand « on » te dit ce qui est dans ton intérêt… ça te rappelle qqchose ?

  • FF

    Il y a une tentative palpable de verrouillage en France (loi sur le secret des affaires ou entre autres ce que tu cites dans ton intervention : « on sait ce qu’il faut dire ou pas ») et a fortiori en Guyane des droits et devoir d’informer (voir cet article ci-dessus et le dernier communiqué en date des forces armées de Guyane, remontant à vendredi en fin de journée, cité dans l’article de ce samedi : https://www.guyaweb.com/actualites/militaires-morts-les-autopsies-ont-ete-effectues-selon-le-parquet/). Mais tous les journalistes n’abandonneront pas leur rôle premier : celui de contre-pouvoir… Des confrères ont quand même réagi publiquement cette semaine au sein de Guyane la 1ère.

  • GZ

    Oh, si ce n’était qu’une tentative juste palpable DD :-) L’abus et l’arbitraire sont dans les gènes de la Vème qui a tourné en comédie la séparation des pouvoirs. Son raidissement est logique devant l’expression de ses gènes sous forme de difficultés économiques puis sociales, car le pouvoir ne saura se remettre en cause lui-même, sa réaction première et la plus visible est donc la cachotterie de ses actions.
    La Guyane est la caricature la plus rigolo des inepties de gouvernance, en avance sur la Métropole et de loin. Son état est quasi admirable, il force l’émerveillement en tout cas.

  • raf973

    Bonjour
    Il y a des personnes certainement bien mieux placés que vous pour savoir s’il faut ou non communiquer de suite sur ce sujet.
    Moi cest votre engouement à vouloir tout savoir de suite qui me surprend et que je trouve meme un peu indescend au regard de la proximité des événements.
    Cdlt

  • FF

    En l’occurrence il s’agit du refus de toute réponse voire de toute question donc de toute question d’intérêt public (sur cette affaire localement). Cet article expose une pratique plus large de la chape de plomb en vigueur sur l’or illégal voire au sujet des sites d’or autorisés et ce depuis de longs mois. C’est même du jamais vu depuis près de 20 ans en Guyane où l’on confond pourtant à intervalles réguliers liberté de la presse et liberté de la préf. C’est ce que relate l’article (liens à l’appui). Information et communication sont deux domaines (très) différents. Un journaliste ne doit pas subir.

  • GZ

    La chape de plomb qui t’agace date des décennies, coulée d’abord sur le foncier. Cette cachotterie sur l’or date de ce matin par rapport.
    Il est de loi que lorsqu’on cache, c’est qu’il y a à cacher… dès que pognon et d’autres avantages claniques ou racialistes..
    Je me sans trèz indescend, compère RAF. Pour l’être encore plus, divinez qui se dégage du cyanure de Na (tiens) lorsque l’on arrose avec de l’acide …? Nnna ?
    Pitet qu’un klando s’en est procuré une centaines de gr… on comprendrait alors la chape de plomb…
    Et dire qu’il y a des recettes plus simples…

  • FF

    Tiens ça recommunique et ça redécouvre le fil à couper le beure à chaque nouvelle arrivée de nouveau haut fonctionnaire préfectoral :

    https://www.franceguyane.fr/actualite/faitsdivers/il-faut-bloquer-ce-qui-est-indispensable-aux-sites-d-orpaillage-illegal-450853.php.

    Nous sommes éperdument, en Guyane, dans ce que décrit Edwy Plenel das Le Droit de Savoir : « Pour un journaliste d’enquête (…) l’exercice du droit de savoir relève, au jour le jour, d’une guérilla plutôt que d’une évidence. Ici l’exception est la norme. Proclamés, les principes n’en sont pas moins bafoués. Refus, silence, dérobade, mutisme, échappatoire, faux-fuyant etc ; l’attitude dominante, admise et tolérée est à l’opposée d’une culture apaisée du droit de savoir (…) Et ceci alors même que, dans nos sociétés médiatisées, d’instantanéité et d’immédiateté, les mêmes qui refusent de répondre ne cessent de déployer des stratégies de communication afin d’imposer leur récit contre les faits, leur commentaire au détriment de l’information ».

  • FF

    Il y a au moins une partie intéressante dans cette interview de France-Guyane de ce jour. Lorsque le nouveau directeur de cabinet du préfet raconte son vécu : pourquoi il a choisi de passer de l’armée à la préfectorale.

  • GZ

    ?

  • FF

    Il faut acheter France-Guyane du jour : ce que j’ai fait.

  • GZ

    T’es jaloux ! Tu ne partages pas !
    Ca ne m’affecte pas à tel point de dépense, me rappelle juste l’émoi de certains magistrats devant la militarisation forcée du corps préfectoral et de ses corollaires – à l’époque de Sarko déjà.
    Sans rapport direct mais en parallèle avec le raidissement évoqué.

  • FF

    Hier, à la suite d’une simple question de ma part sur le sujet, les Forces armées de Guyane m’ont indiqué que toute question sur le sujet est à poser au porte parole des forces armées à Paris…

  • GZ

    Ma foi, chacun son tic, y compris la Grande Muette. Contente-toi des bribes de chimie ci-haut…
    Pour autant, le silence sur la qté de l’or est bien plus embêtant au moment où l’ « on » veut relancer un orp « légal » sous prétexte d’apport de taxes entre autres – faisant que la plèbe ne puisse connaître la qté taxogénératrice censée de lui apporter monts et merveilles…
    (On aura presqu’oublié que l’or du sous-sol est un bien « public ». Mais comme celui-ci a une tendance anthropologique de devenir privé…)
    Splendide gouvernance, reconnaissons-le.

  • GZ

    à

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