Identifiez-vous

Mot de passe oublié ?

Publicité Guyaweb

Centrale Edf : Le Coderst doit se prononcer

Centrale Edf : Le Coderst doit se prononcer

Jeudi, le Coderst devra se prononcer sur le projet surdimensionné de centrale au fioul envisagé dans la forêt marécageuse du Larivot. Un projet très rentable pour EDF PEI mais dont le dimensionnement, la localisation et le champ photovoltaïque annexé sont rejetés à l’unanimité par les avis les plus compétents depuis 2017.

En 2019, l’Autorité environnementale soulignait l’incompatibilité du projet de centrale au fioul porté par Edf « avec le schéma départemental des carrières« , elle alertait aussi sur les « émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet serre » et « les conséquences indirectes [de ce projet surdimensionné, ndlr] pour l’autonomie énergétique de la Guyane« .

Le 23 juillet 2020, la commission d’enquête publique délivrait un avis défavorable motivé officiellement par la lourdeur des « éléments défavorables du projet et les points faibles des dossiers » techniques.

En 2017, la décision du président de la CTG Rodolphe Alexandre et de l’ancien préfet Martin Jaeger de programmer en dernière minute une centrale au fioul plus puissante que celle de Dégrad-des-Cannes à horizon 2023 avait suscité un tollé. D’une seule voix les moyennes et petites industries de Guyane (MPI), l’interpro Bois, le WWF et le groupement des entreprises en énergie renouvelable de Guyane s’étaient fendus d’un courrier virulent, rejetant ce choix qu’ils considéraient comme anti-démocratique.

Depuis, le projet a été rejeté par le conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) et le Conseil national de la protection de la nature (CNPN).

Mardi, le Medef a apporté son soutien indéfectible à Edf, estimant notamment qu’ « à moyen terme » les conditions de développement des énergies renouvelables en Guyane « ne sont pas réunies ».

Alors que la demande d’autorisation environnementale est en cours d’instruction, et que les arbitrages ministériels sont imminents avec la venue semble-t-il dans les prochaines semaines de membres du Gouvernement, au ministère de la Transition énergétique et solidaire, on n’ose même plus évoquer ce dossier envisagé en forêt marécageuse, qui signe l’impossibilité d’une autonomie énergétique de la Guyane en 2030 et affiche un affreux bilan carbone. « Elisabeth Borne [l’ancienne ministre, ndlr] était très sceptique sur ce projet, très circonspecte« , quant à sa remplaçante, Barbara Pompili, « elle ne souhaite pas se positionner » sur le dossier, nous répondent deux interlocuteurs soumis à l’obligation de réserve et qui requièrent l’anonymat.

En Guyane, alors que le « préfet est resté droit dans ses bottes » sur ce projet controversé, « l’idée c’était d’avoir déroulé la procédure, quitte à effectivement, post-enquête publique, réviser le projet sur les aspects les plus clivants, notamment la partie photovoltaïque particulièrement ciblée dans l’avis de l’Autorité environnementale. On s’est dit : « on fait tout pour faire passer le projet et si on doit découper des morceaux dans la dernière ligne droite ce sera toujours possible » nous répond sous la confidentialité un membre de la fonction publique qui reconnaît : « j’ai vu des choses [dans le dossier d’instruction] qui n’étaient pas bonnes et qu’on a fait le choix de ne pas traiter, alors qu’on aurait pu« .

La communauté d’agglomération du centre littoral (CACL) est la seule institution à s’être prononcée sur le sujet. Ailleurs, c’est l’inertie totale. Même la Chambre de commerce et d’industrie s’est gardée de participer officiellement au débat. Depuis, la CACL est fracturée. La présidente – bientôt démissionnaire en respect du non-cumul des mandats, après son élection au poste de sénatrice – Marie-Laure Phinéra-Horth a signé un avis défavorable le 29 juin 2020 avant de se rétracter, deux mois plus tard. Contactée mardi sur cet étonnant revirement intervenu quelques semaines avant les élections sénatoriales, MLPH ne nous avait pas donné de retour à l’heure de cette publication. Le rejet initial par la CACL (lire le rapport) s’appuyait pourtant sur des divergences fondamentales d’avec Edf que sont la localisation du site industriel, l’implantation d’un oléoduc de 14 kilomètres à travers les communes de Rémire-Montjoly, Cayenne et Matoury et les enjeux pesant sur l’aménagement du territoire, l’environnement et la gestion des eaux.

Selon un proche de la nouvelle sénatrice : « il y a eu l’influence du gouvernement, du préfet, de la CTG et d’Edf auprès de la CACL pour lui faire entendre que c’était un bon projet pour la Guyane et ils ont beaucoup tablé sur la question de l’urgence et du risque de black-out« . Mais pour Hélène Sirder, la vice-présidente de la CTG en charge de l’énergie, « la présidente de la CACL a donné un avis favorable [une simple lettre envoyée à Edf et non un avis découlant d’une procédure en assemblée, ndlr] parce qu’elle a pris en compte tous les éléments donnés par Edf« . Le 13 août, l’industriel adressait en effet un long plaidoyer à MLPH dans lequel il reprenait un à un les griefs retenus par l’intercommunalité et y apportait réponses.

Légende: Les habitations installées entre le rond-point Adélaïde Tablon et Dégrad-des-Cannes seraient particulièrement concernées et impactées par la construction et l’enfouissement de l’oléoduc le long de la route. Cela engendrerait la signature de « conventions de servitude ». Ce qui signifie qu’une bande d’une largeur comprise entre 5 et 40 mètres autour de l’oléoduc sera mise à disposition d’Edf et de ses sous-traitants selon les usages : installation de petit matériel, passage d’engins de chantier, maintenance…

Dans ce document envoyé à MLPH et consulté par Guyaweb, on apprend qu’Edf Pei envisage de « réduire de moitié le dimensionnement » de son champ photovoltaïque sans batteries (4 MW au lieu de 10 MW pour limiter le défrichement). Cela aurait comme objectifs in situ de répondre aux manquements du dossier technique sur les mesures compensatoires et l’atteinte portée à la biodiversité en zone naturelle ; d’entrer en « compatibilité » avec les schémas d’aménagement du territoire et le « plan de prévention des risques inondation (PPRI) » ! et de limiter l’afflux monstrueux de remblais. Car la commission d’enquête avait calculé que pour douze mois de travaux de remblayage pour surélever le site industriel de trois mètres, « 1 camion » chargé de sable partirait « toutes les 4 minutes » pour rejoindre et remblayer les marécages, empruntant ainsi la route de l’Est et l’entonnoir de l’échangeur de Balata, « secteur connu pour ses risques d’accidents et ses embouteillages quotidiens« , pour paraphraser la commission.

Dans le courrier qu’il a adressé à MLPH Edf Pei dit pouvoir réduire de 39% les besoins initialement annoncés en sable (qui seront prélevés dans les carrières de Nancibo 2 et Galion) pour l’élévation du site. Cette diminution drastique serait possible si l’on en croit Edf Pei et le groupement en charge du projet : Vinci Environnement et deux de ses filiales en Guyane : Nofrayane, dont le Pdg est Olivier Mantez, et Sogea Guyane dirigée par Jean-Paul Benedetti.

Des centrales surdimensionnées très rentables

Jeudi, c’est le Conseil départemental de l’environnement et des risques technologiques (Coderst) qui va devoir se prononcer sur ce dossier qui embarrasse tout le monde tant il est grossier.

L’avis consultatif du Coderst n’est que pure politesse puisque l’arrêté préfectoral autorisant Edf Pei à installer et exploiter son site industriel au Larivot est déjà prêt, et n’attend plus qu’à être signé par Marc del Grande.

Mais le gouvernement donnera-t-il son feu vert à cette centrale surdimensionnée, estimée à 500 M€ d’investissement, dont la « pertinence » n’est justifiée par « aucune étude économique » (Rapport de la Commission nationale de débat public) et face à laquelle des alternatives moins coûteuses et cohérentes ont été présentées au ministère de la Transition écologique et à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) ? (Ceci sans parler de la marge de manoeuvre considérable liée à la réduction de la consommation d’électricité, dont le « potentiel » est estimé par Edf à « 30% » !)

S’il donne son autorisation à ce placement très rentable pour Edf Pei, le gouvernement devra aussi assumer une nouvelle fois les millions d’euros de dépenses publiques inutiles, comme il l’a fait en 2016 en autorisant Edf Pei à renouveler ses vieilles centrales par des usines conséquentes en Guadeloupe, en Martinique, à la Réunion et en Corse.

En janvier 2017, le gouvernement Cazeneuve déclenchait une mission de l’Inspection générale des finances (IGF) sur les forts « surcoûts » de l’électricité Outre-mer. La compensation par l’Etat de ces surcoûts se chiffrait à 1,4 Mds d’euros dans la loi de finances pour 2017. Une somme, un « enjeu budgétaire« , dans lequel il fallait absolument trancher. « A ce jour, les producteurs n’ont que de faibles incitations à maîtriser leurs coûts de production » rappelait l’IGF dans son rapport.

« Le grand public ne le sait pas forcément, mais Edf s’est assuré, pour rentabiliser ses installations, d’avoir une rémunération fixe quelle que soit la production. Aux Antilles, même si dans dix ans les centrales ne tournent pas à plein régime, leur rentabilité est d’ores et déjà garantie » explique un expert du milieu contacté en Martinique, lequel estime par ailleurs que les centrales de la Pointe Jarry et de Bellefontaine sont aujourd’hui « surdimensionnées » du fait des effets de la maîtrise et de l’efficacité énergétiques mais qu’ « elles n’empêchent pas le développement des énergies renouvelables » dans les deux îles.

« Les centrales thermiques outre-mer de Edf Pei sont des machines à cash » affirme pour sa part un autre expert. « Ce sont des placements sûrs, monstrueux. C’est pour ça qu’Edf est très motivé« .

C’est aussi ce que disait l’IGF en 2017 : « Malgré les ajustements apportés par la CRE, le taux de rémunération de 11% [taux passé à 8% désormais, ndlr] apparaît élevé eu égard aux conditions d’investissement, qui comportent la garantie du rachat de la production sur toute la durée de la centrale et une compensation intégrale des coûts de production« .

Contactée pour une demande d’entretien, Edf Pei n’était pas disponible dans l’immédiat mais nous a donné un accord de principe pour répondre à une interview très prochainement.

Lire aussi : L’incompréhensible projet du Larivot et 15 M€ : la transaction entre Edf Pei et la famille Seban

Vous êtes abonné(e) Identifiez-vous

Mot de passe oublié ?

Pas encore abonné(e) ? Abonnez-vous

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à l’intégralité de Guyaweb

Abonnez-vous

9 commentaires

  • bilo
    30 septembre 2020

    Epoustouflante synthese de la mediocrité des decideurs locaux. MLPH aujourd hui senatrice s assoit sur les recommandations de ses équipes technique contre un poste de sénatrice ou elle pourra faire avancer sa carriere a l abri des decisions de justice qui lui pendaient au nez. R A qui ne sait rien faire de mieux que d’approuver les choix des betonneux et autres grands industriels. Meme les syndicats dont on pouvait attendre un minimum de sensibilité pour l intérêt general se met autour de la gamelle.
    Resultats 40 ans de dependance supplémentaire aux fossiles.
    L heure est grave.

  • bilo
    30 septembre 2020

    Merci Guyaweb pour cette excellente synthese.

  • LEAURENT
    30 septembre 2020

    « L’avis consultatif du Coderst n’est que pure politesse puisque l’arrêté préfectoral autorisant Edf Pei à installer et exploiter son site industriel au Larivot est déjà prêt, et n’attend plus qu’à être signé par Marc del Grande. »
    il faut comprendre que le Préfet va signer malgré l’avis défavorable?

    mais non, sinon à quoi servirait ce mécanisme démocratique de commission d’enquête publique?

  • LEAURENT
    30 septembre 2020

    Et puis cet oléoduc qui va passer à la limite de l’écoquartier de Rémire, dans une zone fortement urbanisée, on voit bien que ce n’est pas possible… n’est ce pas?

  • GZ
    30 septembre 2020

    Un ramassis d’aliénés, d’alimentaires et de lâches.

  • benoit
    30 septembre 2020

    L.etat lache des.milliards pour l’ydrogène (HDF Energy a.un projet a Mana)
    Les micro centrales hydrauliques fonctionnent pas mal.
    Il y a de la place a ne.savoir qu en faire pour le solaire.
    Mais bon, une usine au fioul ……..
    Mais c est aussi :
    une construction sur un marecage geant où rien que le remblai necessaire est quasi l equivalent necessaire pour doubler la route cayenne -kourou.
    Un pipeline a travers les villes et en parallele sur.plusieurs endroits du reseau d eau potable.
    Meme si on avait des doutes la ca fait beaucoup quand meme…….

  • Remi973
    30 septembre 2020

    C’est une impression ou bien les coupures d’électricité sont de plus en plus fréquentes ces jours-ci ?
    Des esprits tordus pourraient imaginer que ces coupures sont volontaires, afin de faire pression sur la population et la persuader d’accepter la nouvelle centrale coûte que coûte (même s’il n’y a pas forcément de rapport).
    Quelles en sont les causes ? La centrale de Dégrad des Cannes à bout de souffle (malgré les générateurs venus en renfort et Petit-Saut), ou bien la vétusté d’un réseau en manque d’entretien depuis des années ?

  • GZ
    01 octobre 2020

    Benoit,

    ILS ne pensent pas comme ça. Pour EUX la quantité astronomique du remblai nécessaire n’est pas un pb, mais au contraire : ce transport se paye, chaque camion rapporte du bénéfice aux compagnies « locales » citées.
    Pendant de la rente de situation d’EDF…
    Ne pensez ni un instant que le choix de ce site absurde soit le fruit du hasard. C’est calculé.
    Caractéristique du capitalisme du connivence (qui n’est plus du capitalisme du tout) est l’abandon de l’intelligence, de l’optimisation des ressources. Voilà un exemple flagrant.

    (J’ai vu le contraire lors de « l’aménagement » du lotissement « agricole » de Wayabo : ILS ont défoncé et déplacé des collines, parfaitement inutilement. Chaque camion rapportait de l’argent à cette bande de criminels – puis il ne resta plus de budget pour apporter de la latérite convenable pour servir de sous-couche pour la chaussée… ILS l’ont fait donc avec de la boue…)

    Cette corruption crasse me rappelle l’impossibilité de l’avenir avec ce statut actuel. N’oubliez pas me contredire.

  • Remi973
    03 octobre 2020

    Heureusement, le MEDEF vient à la rescousse de ce projet.
    https://www.blada.com/boite-aux-lettres/infos-citoyennes/16228-La_nouvelle_centrale_en_Guyane_peut-on_encore_attendre_.htm
    Mais ils se trompent (notamment) sur un point : la création d’emplois.
    Si la centrale de Dégrad des Cannes emploie 120 personnes, il est prévu que la centrale du Larivot ne créée qu’environ 100 emplois locaux en phase d’exploitation (dont 80 EDF PEI + 20 sous-traitants).
    On a donc la destruction de 20 emploi à la clé… De belles économies pour EDF et ses actionnaires. Comme dit le MEDEF, pourquoi hésite-t’on encore ? Vivement que ce projet aboutisse !

    Pour rappel, le rapport du cabinet d’audit international Deloitte identifiait le secteur des énergies renouvelables comme un des plus producteurs d’emplois pour le développement de la Guyane…
    https://www2.deloitte.com/content/dam/Deloitte/fr/Documents/sustainability-services/deloitte_developpement-economique-durable-guyane_.pdf

Articles associés :

Suriname : 204 morts Covid de mars 2020 à fin avril 2021, en mai 98 morts, un record mensuel déjà battu : 141 décès du 1er au 18 juin et un parlementaire antivax !

Au Suriname, le nombre de décès Covid poursuit son affolante ascension. Ce pays avait déploré 204 morts Covid de mars 2020 à fin avril 2021, en 14 mois donc. Le mois suivant, en mai, il y aura...

Assiduité des élus à la CTG : Ringuet, Phinéra-Horth et Briolin à la traîne

A l'occasion des élections territoriales dont le premier tour est prévu ce dimanche 20 juin, Guyaweb s'est penché sur l'assiduité des 51 conseillers de la Collectivité territoriale de Guyane ...

L’enquête judiciaire pour suspicion de «favoritisme» est bouclée dans l’affaire qui vise Gabriel Serville, signataire, fin 2014, d’une convention pour la mairie de Matoury avec l’avocat Olivier Taoumi pour 9500 € mensuels d’honoraires

L'enquête judiciaire sur les conditions d'attribution d'une rémunération mensuelle nette de 9500 euros par la mairie de Matoury, théoriquement durant 38 mois, à Olivier Taoumi, entre fin 2014 et ...

Covid-19 : les chiffres ne sont pas rassurants, les indicateurs restent élevés dans un contexte de confinement quasi-fantoche et d’agitation des esprits…

Les chiffres consolidés du Covid-19 ne sont pas à la baisse en Guyane contrairement à ce qu'espéraient les autorités en début de semaine dernière au moment de la décision de maintien des ...

Interview de Gabriel Serville : TVA, évolution statutaire, immigration …

Le député Gabriel Serville (Peyi Guyane), figure politique à l’itinéraire morcelé, s’est lancé dans la bataille des élections territoriales à la tête de la liste « Guyane Kontré pour ...

Toutes les petites annonces ( 0 ) :

© 2021 Comimpex / Guyaweb . Tous droits réservés

Site Internet hébergé par Côté Cube