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15 M€ : la transaction entre Edf Pei et la famille Seban

15 M€ : la transaction entre Edf Pei et la famille Seban

Les 110 hectares du Larivot, où est envisagée l’implantation d’une centrale thermique surdimensionnée par Edf Pei, ont été acquis en 2017, après accord de Gabriel Serville, de la CTG et de Nicolas Hulot, par la filiale d’Edf à la Société sucrière et agricole de la Guyane française. Cette société qui puise ses fondements au temps des colonies est propriété de la famille Seban, confortables propriétaires terriens de Matoury, résidant à Neuilly-Sur-Seine et Vincennes. Premier volet de notre analyse du projet du Larivot.

C’est grâce à la cession le 18 septembre 2017 des parts de la Société sucrière et agricole de la Guyane française, héritage politico-capitaliste du temps de la colonie, à Edf production électrique insulaire (Pei), que la filiale d’Edf est devenue propriétaire de 110 hectares de pripris et de mangroves au Larivot et à la Cotonnière, à Matoury.

Terrains sur lesquels elle compte installer une centrale au fioul, qui n’a pas encore obtenu tous les feux verts, et qui fait actuellement tousser les ministères puisqu’elle “présente un risque élevé de non-respect de la loi [sur la transition et l’autonomie énergétique, ndlr] à l’horizon 2030” pour reprendre l’Autorité environnementale.

Conformément à la décision de la CTG” (assemblée plénière du 10 février 2017), le projet sera localisé “sur le terrain du Larivot” retrace un document de Edf Pei. “Puis”, dans un second temps, le choix fut officialisé par “le ministre de l’énergie”, Nicolas Hulot, (par arrêté du 13 juin 2017) sans “évaluation environnementale ni “enquête publique” préalables, remarquait l’Autorité environnementale, dans son avis du 18 décembre 2019. Selon Philippe Marland, choisi par la Commission nationale du débat public pour organiser trois réunions publiques sur le sujet en juin 2018, la CTG avait été invitée par Rodolphe Alexandre à voter en faveur du terrain, « après » « l’accueil favorable du maire d’alors » (Gabriel Serville).

La transaction entre Edf Pei et la Société sucrière et agricole de la Guyane française a fait s’envoler les actions de la société, passant de 0,15 euro à 60 euros l’unité. Et permettant aux Seban, grands propriétaires fonciers de Matoury, habitants de Neuilly-sur-Seine et Vincennes, et actionnaires à 99,7% de la société, de faire grimper la valeur totale de leurs biens de 37 000 € à 14 800 000 €. Les autres actionnaires étant les familles Raveyre, Metenier, Masson, De Faultrier.

Dans la délibération (34 voix pour, 16 contre, 1 abstention) adoptée en février 2017, le président de la collectivité territoriale Rodolphe Alexandre et ses collaborateurs estiment que le site du Larivot “présente un environnement favorable au projet : PLU compatible, proximité de terrain classés en zones inondables ou non constructibles, pas de construction immédiate…” Depuis 2005, le terrain était classé en zone à urbaniser selon le PLU de Matoury, mais il était aussi repéré depuis 2016 par l’Opération d’intérêt national (OIN) comme l’un des secteurs d’aménagement urbain prioritaires de la Guyane, n’excluant pas des habitations …

Au final, c’est une formidable opération pour cette société enregistrée dans le secteur de la commercialisation du sucre. En 2001, l’ancien président directeur général, Didier Seban, faisait reconnaître ses droits fonciers devant la commission départementale de vérification des titres à Fort-de-France. Et puis en 2016 et 2017, le résultat comptable de cette société qui “n’a jamais pu développer ses activités” selon Edf Pei, repassait dans le positif.

Cette structure a pour héritage la Guyane d’il y a un siècle. Selon le site en ligne Entreprises-coloniales.fr (http://entreprises-coloniales.fr/antilles-guyane.html), trois personnalités controversées de cette époque fondèrent la Société sucrière et agricole de la Guyane en 1927 : le gouverneur Marc Émile Charles Jean Chanel, et les deux adversaires terribles de Jean Galmot : Eugène Gober, maire et président du Conseil général de la Guyane, et l’homme politique français Eugène Lautier, installé par Gober à la place de Galmot au poste de député au terme d’un scrutin truqué.

A la fin des années 1920, la Société sucrière et agricole de la Guyane française, qui évoluait dans le commerce et l’exportation de sucre et de rhum, l’activité agricole et l’immobilier, acheta une centaine d’hectares et construisit l’usine de Lamirande. Toujours selon Entreprises-coloniales, l’acquisition des terres inondées au Larivot eut lieu au cours d’une vente aux enchères. Auparavant, elles avaient déjà été acquises par Aimé Guérin en 1860 à l’issue d’une vente aux enchères.

En 1930, le grand-père Seban, René, devient le président du conseil d’administration de la société sucrière. Il est alors aussi présent au “Congo Belge” et dans le secteur minier ibérique, canadien et du sud-ouest de la France.

Pendant un siècle, le patronyme Seban restera associé à cette société.

Contacté par téléphone ce vendredi, Philippe Seban, ancien co-actionnaire, n’était “pas disponible dans l’immédiat” pour nous répondre sur le déroulé de la transaction et l’histoire de la Société.

Incompréhension générale sur le choix du Larivot

Envisagé en pleine zone inondée, le projet interfère avec le futur doublement de l’axe Kourou-Cayenne. L’espace compte quelques maisons installées de longue date sans titre et est ceinturé des propriétés Voluménie, Bafau, Laraison, Champlain, Kong. Enfin, il se situe à un jet de pierre des quartiers La Persévérance, l’Amphitéâtre, Balata et du mont Petit Matoury.

A lire les observations laissées sur le registre électronique de l’enquête publique qui se clôture ce 15 juin à minuit, on comprend que beaucoup de citoyens s’étonnent du choix de l’implantation d’une centrale au fioul dans les marécages baignant le port du Larivot (9e port de pêche français de par son activité) et qui nécessiterait l’enfouissement, le long des axes routiers, de 14 km d’oléoduc depuis le grand port maritime de Dégrad-des-Cannes.

Au cours de trois réunions organisées en juin 2018 par le garant de la Commission nationale du débat public à la place d’un vrai débat public, Edf avait justifié le choix du Larivot par « les contraintes de délai qui s’imposaient à lui [et] l’avaient conduit à renoncer à un autre terrain dans la ZAC de Dégrad-des-Cannes (Parc Avenir), faute d’assurances de la part de l’aménageur (la Semsamar) sur la viabilisation du secteur en temps voulu » et parce que « les recherches effectuées dans l’agglomération de Cayenne ne lui avaient pas permis de trouver d’autre terrain que celui du Larivot« . (Source : Rapport Marland, juillet 2018, Commission nationale de débat public)

Par ailleurs, par écrit, Edf Pei justifie son choix de recourir à un pipeline ainsi : “l’approvisionnement du site thermique en fioul domestique par ce port a été envisagé, cependant les infrastructures actuelles ne le permettent pas (inaccessible pour les pétroliers, aménagements importants à réaliser)”.

On avait déjà discuté de faire cette centrale au Parc avenir que la Chambre de commerce était en train d’initier [à Dégrad-des-Cannes], le terrain était là. L’entreprise n’avait pas à faire des travaux pharaoniques, donc j’ai été surpris quand j’ai appris qu’ils partaient” se souvient Jean Ganty, maire sortant de Rémire-Montjoly, candidat au second tour et en faveur de la centrale thermique. La conseillère municipale (Walwari) Joëlle Sankalé-Suzanon retient qu’à Dégrad-des-Cannes “tout l’espace n’est pas complètement libre. Au-delà de la zone industrielle il y a soit une zone protégée, soit une zone à titre remarquable”, cependant, “ il y a au-delà de la zone organisée, des terrains en friche me semble-t-il”.

Pour Rémire-Montjoly, il resterait à supporter le dossier du futur oléoduc, évidemment impopulaire (et pour lequel l’avis de marché, de la conception à la mise en activité, est clôturé depuis juillet 2018 !). “Ça c’est clair, et à juste raison ça va nous amener des soucis, commente Jean Ganty. Nous, nous proposons une solution qui n’a pas été acceptée pour l’instant : que l’oléoduc suive le tracé de la crique Fouillée et que ça ne traverse pas l’urbain. Il faut respecter l’environnement dans ma commune car demain on ne sait pas quel accident peut exister”.

A Matoury, selon le conseiller municipal Michel Dubouillé (Guyane Ecologie), opposé au projet, “nous avons été informés par Edf Pei mais nous n’avons pas été informés au moment où les terrains ont été vendus. Ça a été imposé au conseil municipal”.

Serge Smock, maire sortant de la commune et ancien 1er adjoint contestataire de Gabriel Serville, assure que “c’est une situation qu’ [il a] découverte, [lors de sa prise de fonction de maire, ndlr]. M. Serville avait pris la décision sans accord du conseil municipal. Quand j’ai pris la suite, j’ai fait une grande réunion pour en parler, malheureusement il n’y avait pas beaucoup d’élus présents”. En faveur de la centrale, mais opposé au projet d’oléoduc, Serge Smock reste évasif sur le sujet : “je n’ai pas tous les éléments en tête, mais le PLU à cet endroit est impacté par plusieurs aspects, écologiques …” .

Nous avons tenté de joindre vendredi 12 juin Gabriel Serville, sans succès.

Nous avons signé un partenariat avec Edf Sei pour que lors de la construction de cette usine, en respect du code du travail et des marchés publics, soit favorisée l’embauche…” – … d’entreprises matouriennes ? Demandons-nous. – “Oui … bon je ne sais pas si il faut le dire comme ça, il faut que nous passions une convention avec Edf pour être dans le légal” explique Serge Smock.

Le maire, aussi candidat au second tour à Matoury, affirme qu’avec ce projet “ il y aura des apports sur le plan financier, fiscal. Je ne peux pas vous donner de chiffres mais ce sera conséquent.”

Serge Smock “se trompe”, sourit Jean Ganty. “C’est la CACL qui a la compétence développement économique donc c’est elle qui touche la CET [contribution économique territoriale, ndlr], ce ne sont plus les communes. Il y aura peut-être une petite réversion pour Matoury. Et en ce qui concerne la taxe d’habitation et la taxe foncière que nous touchions, ce n’est pas énorme” conclut par ailleurs Jean Ganty qui souligne que “c’est la CACL qui a initié le projet avec Edf”.

La Communauté d’agglomération du centre littoral a-t-elle débattu du choix du projet avant 2017 ? “Il n’y a rien eu du tout. Aucun débat en réunion de bureau, ni en assemblée” affirme Patrick Lecante, vice-président de l’intercommunalité, aussi président du comité de bassin et maire de Montsinéry-Tonnégrande. “C’est vraiment l’omerta à la CACL” estime l’élu qui est en mauvais terme avec Marie-Laure Phinéra-Horth, la présidente de l’intercommunalité.

Contacté par mail pour de plus amples explications sur le choix du Larivot, le cabinet de la CTG nous a donné rendez-vous la semaine prochaine.

Edf dit vouloir construire un parc photovoltaïque en annexe de la centrale au fioul.“L’emprise de la centrale photovoltaïque et de plusieurs bassins ou zones de chantier est en grande partie en zone naturelle exposée à des risques faibles ou moyens et le projet prévoit donc le remblai de volumes significatifs en zone inondable. Le dossier analyse que la centrale photovoltaïque n’est pas compatible avec le règlement en vigueur du PPRI” [plan de prévention des risques inondations], ndlr] notait l’Autorité environnementale (Ae) en décembre 2019.

L’Ae de poursuivre, incrédule : “Le dossier [de Edf Pei] conclut: « il a été demandé en lien avec les services de l’État qu’une procédure de modification du PPRI de la zone accueillant le projet soit réalisée afin de permettre la compatibilité du PPRI avec le projet ». “Cette conclusion témoigne d’une mauvaise compréhension de la difficulté soulevée” souligne … avec politesse, l’Ae.

A lire aussi : Marché public de l’oléoduc

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10 commentaires

  • bilo
    15 juin 2020

    En evoquant l aspect archaïque de ce projet on ne pouvait se douter a quel point tout est puant dans ce projet. La transaction fonciere, l information aupres des mairies concernées , l information aux publics, l absence de debats publique pourtant obligatoires et surtout la technologie retenue datée et fermant la porte a une transition dejà mal barrée.
    On ne peut que s interroger sur les motivations des uns et des autres a produire un tel anachronisme. Qu est ce qui relie un maire a present député, un ministre pourtant ecolo dans l ame, un pdt de collectivite a priori volontaire pour developper son peyi et lui ouvrir un avenir ambitieux?
    Et pourtant c’est dans les ministeres de l hexagone que groncent les dents. C est le monde a l envers.
    Pour le moment le projet est considere comme acquis par les zélus.

  • GZ
    15 juin 2020

    Crapulocratie.

    La différence entre l’époque coloniale et l’actuelle « post-coloniale » est que pendant la première les acteurs jouaient à visage découvert.

  • Frog
    15 juin 2020

    Hum hum les travaux ont commencé…on remue la vase, ca pue.

  • GZ
    15 juin 2020

    Eh eh, compère Bilo, demande à FF de nous ressortir les deux questions auxquelles Rodolphe Alexandre a refusé de répondre en 2010, après le 73, moment de son désignasyon à la tête de la future collectivité unique ?

    Allô, Fred ?

  • raf973
    15 juin 2020

    Ça ne transpire pas l’honnêteté et de la transparence tout ça …. Le lieux ne fait pas l’unanimité, le pipe line dérange, des personnes se gavent … pas terrible le projet de la centrale .

  • bilo
    15 juin 2020

    GZ Eclaire ma lanterne veux tu…

  • GZ
    15 juin 2020

    Je laisse le temps à FF… c’est son interview après tout.

    Allô, Fred ?

  • GZ
    15 juin 2020

    Fred ?

  • Remi973
    15 juin 2020

    Quelles sont les fréquentations de la famille Seban ? Auraient-ils des liens avec des notables guyanais ou avec de hauts responsables de EDF ?
    Le hasard est parfois taquin…

  • GZ
    16 juin 2020

    Vu les caractéristiques de l’emplacement et des procédures, ça n’a pas l’air du hasard…

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