Identifiez-vous

Mot de passe oublié ?

Publicité Guyaweb

Trois jours de procès pour l’affaire de faux, d’aide au séjour et corruption de fonctionnaires : huit prévenus dont Ronald Foin, l’ex-chef du bureau de l’immigration de la préfecture et deux de ses agents mais aussi Bertrand Moukin, une figure du mouvement social de mars/avril 2017

Trois jours de procès pour l’affaire de faux, d’aide au séjour et corruption de fonctionnaires : huit prévenus dont Ronald Foin, l’ex-chef du bureau de l’immigration de la préfecture et deux de ses agents mais aussi Bertrand Moukin, une figure du mouvement social de mars/avril 2017
Exclusivité Guyaweb : une sulfureuse affaire

Une trentenaire guyanaise pimpante à la garde-robe soignée, agent du bureau de l’immigration à la préfecture de Cayenne, son amant, un chef d’entreprise haïtien de Cogneau-Lamirande, qui affirme tirer ses principaux revenus des combats de coqs cité Bonhomme à Cayenne ou de la bolette ; un ancien câbleur de la RATP puis éducateur sportif d’une petite commun de Seine-Saint-Denis, né en Martinique, ex-gardien de la villa du préfet de Guyane avant d’atterrir au bureau de l’immigration ; le chef de ce bureau, ancien employé de La Poste, né au Maroc, reconnaissant en garde à vue avoir sollicité des faveurs sexuelles et qualifié «d’erreur de recrutement» par le secrétaire général de la préfecture au cours de l’enquête ; une figure sulfureuse du mouvement social de mars/avril 2017 fabriquant de fausses attestations glissées dans des dossiers d’étrangers avec le tampon de la société de transport sans activité de sa femme ; une ex-bénévole assumée d’associations humanitaires reconvertie dans le montage de dossiers moyennant pots de vin présumés au chef du bureau de l’immigration, une cheffe d’entreprise spécialiste de la régularisation d’ouvriers étrangers de sociétés minières et, enfin, un ressortissant de la Guinée Bissau : voilà l’inventaire à la Prévert qui plante le décor rocambolesque de cette affaire présumée d’aide au séjour, de faux, de corruption de fonctionnaires de la préfecture, d’association de malfaiteurs et de blanchiment.

Le procès de ces 8 personnes est prévu à partir du 7 juin prochain devant le tribunal correctionnel.

Informations exclusives Guyaweb.

«Le procès devrait être intéressant, en particulier si la juridiction lui donne du temps», concluait Guyaweb dans son dernier article sur ce dossier en mai 2019.

Ce jour-là, notre site avait dévoilé l’ordonnance de renvoi en correctionnelle de la juge d’instruction Daphné Onimus (1), un document alors fraîchement rendu dans cette affaire et dont Guyaweb avait pris connaissance.

Il aura néanmoins fallu deux ans pour caler une date de procès.

En tout état de cause, l’institution judiciaire paraît effectivement vouloir donner du temps aux débats.

Selon une source proche du dossier, ce procès est programmé sur pas moins de 3 jours, lundi 7, mardi 8 et mercredi 9 juin prochains.

«Et le 10 juin étant férié (commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guyane, ndlr), si nécessaire, le procès se poursuivra le vendredi 11 juin», poursuit cette source.

Une information qui nous a été confirmée jeudi par le parquet.

Huit personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel dans cette affaire.

Il s’agit de Ronald Foin, 61 ans le 12 mai prochain (il est né le 12 mai 1960 à Kenitra au Maroc), chef du bureau de l’immigration à la préfecture de Cayenne d’avril 2014 à mi-février 2016 ainsi que deux agents de la préfecture alors à ce bureau des étrangers : Marcel Flechel, 58 ans (né le 21 février 1963 à Saint-Joseph en Martinique) et Pamela Cinna, 34 ans (née le 13 septembre 1986 à Cayenne) ; quatre chefs d’entreprises ou auto-entrepreneurs : Christine Paris épouse Huguenin, 62 ans (née le 24 novembre 1958 à La Rochelle), Bernard Guirand, 61 ans, (né le 16 juillet 1959 à Aquin en Haïti), Minette Antoine, 43 ans (née le 11 septembre 1977 à Cayenne) et Bertrand Moukin, 59 ans (né le 16 décembre 1961 à Morne Rouge en Martinique), ces quatre personnes habitant Matoury. Et, enfin, Agostinho Nitho Indi, 35 ans, né le 12 décembre 1985 à Biombo en Guinée Bissau.

Sur les faits présumés, la juge d’instruction a estimé dans son ordonnance de renvoi du 7 mai 2019 qu’il résultait de l’instruction des «charges suffisantes» à l’encontre de sept des huit mis en examen (Marcel Flechel, Pamela Cinna, Bertrand Moukin, Bernard Guirand, Christine Huguenin, Ronald Foin, Minette Antoine) d’avoir commis les infractions «d’aide au séjour irrégulier, de corruption, d’association de malfaiteurs et de blanchiment.»

Nitho Indi, pour sa part, est renvoyé en correctionnelle pour des faits présumés d’aide au séjour et d’association de malfaiteurs.

Des entrepreneurs se présentaient (…) aux guichets de la Préfecture alors que la procédure exigeait que les démarches soient effectuées par les (…) demandeurs

Au cours de cette affaire qui aura débuté en 2016 par deux enquêtes préliminaires (ensuite jointes) avant l’ouverture d’une information judiciaire le 16 février 2017 (c’est à dire la saisine d’un juge d’instruction) : «les premières investigations menées faisaient état de l’existence d’un « rabatteur » chargé de réunir les documents nécessaires à l’obtention d’un titre auprès des étrangers en situation irrégulière lequel remettait le dossier constitué à un intermédiaire qui se chargeait de le remettre aux agents corrompus de la préfecture qui obtenaient le document sollicité.», note l’ordonnance du 7 mai 2019.

«Des entrepreneurs se présentaient eux- mêmes aux guichets de la Préfecture alors que la procédure exigeait que les démarches soient effectuées par les seuls demandeurs», relate encore la juge d’instruction dans son ordonnance de renvoi.

Les présumés intermédiaires et/ou faiseurs de dossiers de cette affaire (Bertrand Moukin, Christine Huguenin, Bernard Guirand, Minette Antoine) sont renvoyés en correctionnelle pour « corruption active» quand les trois agents de la préfecture au moment des faits (Ronald Foin, Pamela Cinna, Marcel Fléchel) le sont pour «corruption passive.».

En matière d’aide au séjour, Bertrand Moukin, Christine Paris épouse Huguenin, Minette Antoine et Bernard Guirand sont plus précisément renvoyés en correctionnelle pour «aide directe ou indirecte, [ayant] facilité l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier en France d’étrangers, en l’espèce en leur permettant d’obtenir des titres de séjour par le biais de relations entretenues avec des agents publics».

Concernant les faits présumés de corruption, Marcel Fléchel, l’agent ayant débuté sa carrière à la préfecture de Guyane comme gardien de la villa du préfet à Bourda (au début des années 2000), aura reconnu en garde à vue avoir reçu, via Christine Paris dit Huguenin, un « petit barbecue» de la part d’un chef d’entreprise mais également un collier, une chaîne, un pendentif et de la poudre d’or devenue des boucles d’oreille pour sa fille.

Puis Flechel a raconté qu’il recevait ces bijoux de madame Huguenin en guise de : « remerciement pour les dossiers que j’ai transmis au directeur de l’immigration».

Francisco D.S. (…) avait obtenu une carte de séjour de 10 ans et était passé la voir pour lui remettre une chaîne en or avec une pépite de 4 grammes en pendentif, expliquant qu’il s’agissait de remercier Marcel Flechel pour la carte.

En garde à vue, Christine Paris dit Huguenin, déclarant travailler à la régularisation du séjour d’ouvriers de sociétés minières en les aidant, via son auto-entreprise, à monter leurs dossiers administratifs, «évoquait le cas d’un nommé Francisco D.S. qui avait obtenu une carte de séjour de 10 ans et qui était passé la voir pour lui remettre une chaîne en or avec une pépite de 4 grammes en pendentif, expliquant qu’il s’agissait de remercier Marcel Flechel pour la carte. Elle disait avoir conservé cette chaîne dans un tiroir se refusant à la remettre à Marcel Flechel qui la lui avait réclamée,selon elle, et lui avait demandé de la lui amener à la préfecture ce qu’elle avait finalement fait», synthétise l’ordonnance de la juge d’instruction

«Elle ajoutait qu’un jour, Marcel Flechel lui avait remis une chaîne plaquée or avec pendentif et lui avait demandé de lui procurer le même bijou en or, prétextant qu’elle connaissait des bijoutiers travaillant sur le sites. Elle expliquait avoir remis le bijou à un dirigeant de mine (…), lui expliquant à qui était destiné le bijou.», poursuit l’ordonnance.

«Après l’avoir relancée plusieurs fois, Marcel Flechel se voyait remettre par Christine Huguenin le bijou en or sans qu’elle ait rien payé [au patron de l’exploitation aurifère] qui n’avait d’ailleurs rien demandé», rapporte encore l’ordonnance de la juge.

Christine Huguenin : «poursuivait en expliquant que Marcel Flechel lui avait également demandé de lui fournir trois grammes d’or pour faire faire des boucles d’oreille à sa fille, or qu’elle lui avait obtenu d’un garimpeiro», relève encore l’ordonnance.

«Entendue par le juge d’instruction le 27 juillet 2017, Christine Huguenin disait bien s’entendre, sur le plan professionnel, avec Marcel Flechel (…) Elle maintenait ne s’être prêtée à aucun trafic avec Marcel Flechel reconnaissant seulement avoir fait de fausses attestations de domicile (d’ouvriers de mines qu’elle domiciliait chez elle à Matoury, ndlr) sans y voir à mal puisque les étrangers concernés étaient domiciliés sur les sites miniers (Il s’agissait selon elle de faciliter notamment la réception de courriers pour ces personnes, ndlr). Elle niait de la même manière avoir bénéficié d’un quelconque traitement de faveur de la part de Marcel Flechel. Sur les cadeaux remis à ce dernier, elle maintenait ses déclarations faites en garde à vue, n’ayant jamais servi que de simple intermédiaire», résume encore l’ordonnance.

Si, parmi les mis en examen, Bertrand Moukin et Christine Paris épouse Huguenin sont, de surcroît, renvoyés pour faux et usage de faux, les deux agents du bureau de l’immigration Pamela Cinna et Marcel Flechel sont eux, renvoyés en correctionnelle, pour faux dans un document délivré par l’administration publique.

En effet, «bien qu’elle ait d’abord contesté toute implication, Pamela Cinna a finalement reconnu avoir validé des dossiers visant l’obtention d’un titre de séjour, et ainsi délivré des récépissés, alors qu’elle savait lesdits dossiers irréguliers.», avait encore considéré la juge en mai 2019 dans son ordonnance de renvoi.

Avant de conclure sur ce point : « Dès lors, il existe des charges suffisantes à l’encontre de Pamela Cinna d’avoir commis l’infraction de faux dans un document délivré par l’administration publique».

En ce qui concerne Marcel Fléchel, la juge aura rendu une rédaction identique sur le sujet : «Bien qu’il ait d’abord contesté toute implication, Marcel Flechel a finalement reconnu de manière précise et circonstanciée avoir validé des dossiers visant l’obtention d’un titre de séjour, et avoir ainsi délivré des récépissés, alors qu’il savait lesdits dossiers irréguliers.».

(1) L’information judiciaire dans cette affaire a été menée par le juge Jonas Nefzi, l’avis de fin d’information ayant été rendu avant son départ fin août 2018 pour rejoindre une nouvelle affectation en Martinique. La juge Daphné Onimus qui lui a succédé s’est chargée de l’ordonnance de renvoi en correctionnelle rendue le 7 mai 2019.

Cet article est composé de plusieurs parties, lire la suite:

1 2 3 4 5 6

Vous êtes abonné(e) Identifiez-vous

Mot de passe oublié ?

Pas encore abonné(e) ? Abonnez-vous

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à l’intégralité de Guyaweb

Abonnez-vous

2 commentaires

  • Mickael
    24 avril 2021

    «Concernant le loyer, le seul que je paie, c’est celui de Paméla qui est de 1 320 euros. Je suis aussi propriétaire, et je loue mon appartement à une personne, ce qui me rapporte 400 euros et moi je paie 511 euros de loyer à la SENSAMAR (…)»

    C’est beau la pauvreté en Guyane et les loyers exorbitants (surtout pour un appartement)

    C’est encore plus beau quand on constate que toutes ces personnes profitent de la misère d’autrui et passe leur temps à profiter des uns et des autres, même de leurs complices.
    Ca donne foi en l’humanité.

    Surtout quand ils se plaignent des étrangers en situation irrégulière à qui ils donnent du travail.

  • DB
    25 avril 2021

    Le « président des barrages » renvoyé en correctionnelle… Vite, un comité de soutien pour ce parangon de vertu, victime de l’Etat kolonialist !

    Si le juge avait quelque peu le sens de l’humour, il prononcerait une peine de travaux d’intérêt général, à effectuer en renfort des gendarmes à Iracoubo. l’intéressé ayant montré quelques dispositions…

Articles associés :

Suriname : 204 morts Covid de mars 2020 à fin avril 2021, en mai 98 morts, un record mensuel déjà battu : 141 décès du 1er au 18 juin et un parlementaire antivax !

Au Suriname, le nombre de décès Covid poursuit son affolante ascension. Ce pays avait déploré 204 morts Covid de mars 2020 à fin avril 2021, en 14 mois donc. Le mois suivant, en mai, il y aura...

Assiduité des élus à la CTG : Ringuet, Phinéra-Horth et Briolin à la traîne

A l'occasion des élections territoriales dont le premier tour est prévu ce dimanche 20 juin, Guyaweb s'est penché sur l'assiduité des 51 conseillers de la Collectivité territoriale de Guyane ...

L’enquête judiciaire pour suspicion de «favoritisme» est bouclée dans l’affaire qui vise Gabriel Serville, signataire, fin 2014, d’une convention pour la mairie de Matoury avec l’avocat Olivier Taoumi pour 9500 € mensuels d’honoraires

L'enquête judiciaire sur les conditions d'attribution d'une rémunération mensuelle nette de 9500 euros par la mairie de Matoury, théoriquement durant 38 mois, à Olivier Taoumi, entre fin 2014 et ...

Covid-19 : les chiffres ne sont pas rassurants, les indicateurs restent élevés dans un contexte de confinement quasi-fantoche et d’agitation des esprits…

Les chiffres consolidés du Covid-19 ne sont pas à la baisse en Guyane contrairement à ce qu'espéraient les autorités en début de semaine dernière au moment de la décision de maintien des ...

Interview de Gabriel Serville : TVA, évolution statutaire, immigration …

Le député Gabriel Serville (Peyi Guyane), figure politique à l’itinéraire morcelé, s’est lancé dans la bataille des élections territoriales à la tête de la liste « Guyane Kontré pour ...

Toutes les petites annonces ( 0 ) :

© 2021 Comimpex / Guyaweb . Tous droits réservés

Site Internet hébergé par Côté Cube