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Les secrets d’un réseau de passeurs de migrants haïtiens via le Suriname

Les secrets d’un réseau de passeurs de migrants haïtiens via le Suriname
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En première instance, Vilacon Belus avait écopé de 4 ans de prison ferme le 7 juin 2018.

A l’époque de cette décision son avocat, Didier Aurel, basé à Saint-Laurent du Maroni, confiait à l’auteur de ces lignes : «Qu’il y ait des faits réels, que des personnes aient effectué de l’aide à l’entrée et au séjour d’étrangers en situation irrégulière oui. Mais ce n’est pas le trafic international qu’on a bien voulu faire croire».

Et Didier Aurel de poursuivre alors : «mon client a une carte (…), il est commercant, il n’a pas le permis de conduite, il a un commerce de prêt à porter, ce n’est pas la plaque tournante (…) Son rôle est secondaire si on le compare à celui d’autres personnes prises la main dans le sac en train de transporter des personnes en situation irrégulière.».

Poursuivant au sujet de son client, Me Aurel avançait encore : « Il a été accusé d’héberger des clandestins à Mana (…) Ce n’est pas lui qui hébergeait. Le local où il habite ne lui appartient pas. La propriétaire n’a pas été entendue. Il a admis avoir facilité la location, au sein de locaux chez lui. Il s’agissait de gens qui étaient là depuis deux mois, ce n’est pas non plus un marchand de sommeil ! ».

Ces peines sont à relier, je pense, avec l’entrée massive de Haitiens à un moment donné (Me Didier Aurel, juin 2018)

Et l’avocat de souligner : «La juridiction a voulu frapper fort. Ces peines sont à relier, je pense, avec l’entrée massive de Haitiens à un moment donné. Elles sont totalement disproportionnées par rapport aux faits».

Me Aurel aura donc fait appel de la décision du tribunal.

L’audience d’appel a lieu le 13 juin 2019, Belus y est cité à comparaître libre mais il n’est pas à l’audience. Il n’y est pas non plus représenté par un avocat.

Ce jour là, le parquet général requiert la confirmation du jugement quant à la culpabilité et la condamnation de Vilacon Belus à une peine de 4 années d’emprisonnement dont 2 avec sursis. Une peine moindre que celle prononcée par le tribunal en première instance donc.

Dans son arrêt du 12 septembre 2019, la Cour rappelle les faits concernant l’intéressé

«Il convient de rappeler que l’interception et le contrôle par les douaniers le 6 septembre 2016, près d’Iracoubo, d’un fourgon transportant dans une cache aménagée 8 personnes en situation irrégulière, donnait lieu à des interpellations et d’importantes investigations qui amenaient la découverte d’une véritable organisation de passeurs entre le Surinam et la Guyane.»

«Par ailleurs le numéro de téléphone de M. Belus était en possession des étrangers interpellés le 6 septembre 2016.», souligne la Cour d’appel. Les étrangers semblent alors le connaître sous le sobriquet de «Costo».

«Le propriétaire du fourgon était identifié comme étant Kesner Cilencieux également repéré dans le cadre des relations téléphoniques entretenues avec Raymond Orfèvres, Joseph Ferdinand et Claudy Dacila chauffeur du fourgon interpellé le 6 septembre 2016, Fritzner Paraison, Vilacon Belus et Ernst Aurelien.».

«Les écoutes téléphoniques mises en place sur la ligne de M. Belus révélaient qu’il renseignait de nombreuses personnes sur les modalités et tarifs de passage d’immigrés clandestins en Guyane et qu’il était en contact téléphonique régulier avec Joseph Ferdinand reconnu définitivement coupable des faits d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’étrangers dans le même dossier.», souligne la Cour.

Un document de l’enquête, consulté par l’auteur de ces lignes en 2018, dévoile ainsi que les fadettes révèlent que Belus et Ferdinand auront eu 351 communications téléphoniques en un peu plus de 6 mois, soit près de 2 par jour en moyenne, entre le 1er juillet 2016 et le 13 janvier 2017.

Par ailleurs, Vilacon Belus «a fourni des explications fantaisistes sur le contenu des conversations téléphoniques qu’il avait reçues sans expliquer pourquoi des personnes qu’il ne connaissait pas s’adressaient pourtant à lui pour des transports d’immigrés clandestins et qu’il leur répondait» note la Cour dans son arrêt du 12 septembre 2019.

«La retranscription de ces échanges établissent au contraire clairement que M. Belus s’engageait personnellement sur des transfert de personnes pour des prix largement supérieurs aux prix publics habituellement pratiqués malgré les « gestes commerciaux » qu’il lui arrivait de concéder.», poursuit la décision.

«Plusieurs personnes de nationalité étrangères ont été trouvées au domicile de Belus, et en dépit de ses déclarations, Ferdinand a contesté le fait qu’il s’agissait pour la plupart de membres de sa famille.»

Il ressort «de ces éléments de fait que Belus pratiquait donc une activité (directe ou indirecte) de passeur, mais aussi une activité parallèle d’hébergeur.», considère la Cour.

«Par ailleurs, même si l’enquête et l’information ont mis en évidence l’intervention de plusieurs protagonistes, cette seule circonstance est insuffisante à établir la bande organisée visée dans la poursuite et définie par l’article 132-71 du code pénal comme étant : … » tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation,caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’une ou plusieurs infractions.», estime en revanche l’instance d’appel.

«En effet si les relations de M. Belus et M. Ferdinand ont pu être vérifiées, celle de Belus avec les autres protagonistes, sont quasiment inexistantes, chacun agissant selon ses affinités et au gré des opportunités qui se présentaient. », note la Cour.

«Sous cette réserve, la culpabilité de M. Belus pour les faits objets de la poursuite est établie, le jugement est confirmé sur ce point.»

La Cour s’est ensuite penchée sur la peine à prononcer.

En rappelant d’abord le droit : «selon l’article 132-19 du code pénal : « Lorsqu’une infraction est punie d’une peine d’emprisonnement, la juridiction peut prononcer une peine d’emprisonnement pour une durée inférieure à celle qui est encourue.».

«En matière correctionnelle, une peine d’emprisonnement sans sursis ne peut être prononcée qu’en dernier recours si la gravité de l’infraction et la personnalité de son auteur rendent cette peine nécessaire et si toute autre sanction est manifestement inadéquate».

 Il a été établi que ces passages, requéraient de ceux qui en étaient candidats, des sommes exorbitantes

«M. Belus n’ a jamais été condamné, note ensuite la Cour. Bien qu’il se soit investi à réduire son rôle dans le réseau mis en place, il apparaît qu’il était pour les étrangers en situation irrégulière ou les intermédiaires par lesquels ils passaient, une étape nécessaire, connue et efficace. Il a été établi que ces passages, requéraient de ceux qui en étaient candidats, des sommes exorbitantes et, même s’ils étaient irréguliers, étaient source de revenus significatifs pour leurs organisateurs dont M. Belus.», relève ensuite la Cour.

«Les faits sont d’autant plus détestables qu’ils mettent en scène des personnes en situation modeste et vulnérable car ignorant des voies légales de transfert. Ces faits requièrent une application rigoureuse de la loi.», note l’instance d’appel.

«En répression des faits objets de la poursuite, M. Belus est condamné à la peine de 4 ans d’emprisonnement dont 2 années assortis du sursis simple.»

«En l’absence du condamné la cour n’est pas en mesure, faute d’informations et de pièces actualisées sur sa situation familiale, sociale ou professionnelle, d’organiser un aménagement de peine. Il lui appartiendra s’il souhaite bénéficier d’une telle mesure de fournir tout justificatif au juge d’application des peines lorsque la peine sera mise à exécution.», conclut la Cour sur le cas Belus.

Cet article est composé de plusieurs parties, lire la suite:

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3 commentaires

  • Moa
    15 mai 2021

    Hébergements moyennant finances toujours en cours à Mana …….

  • Frog
    16 mai 2021

    Et à l’issue de leur peine, les passeurs seront ils expulsés ? Les « passés » eux, ont du se voir gratifiés d’une carte de séjour…

  • micafleur
    16 mai 2021

    ^Parmi les premiers Haïtiens arrivés en Guyane et qui ont réussi,il y a effectivement des personnes qui organisent l’arrivée des clandestins avec aussi l’aide de quelques locaux,sauf que chaque passage,chaque hébergement est payant.Une dame d’origine Haïtienne devenue Française,nous a confié il y a quelques années qu’un compatriote l’avait contactée afin qu’elle puisse recevoir en pleine nuit 4 clandestins ces derniers,devaient lui remettre 250 euros.Cette dame a refusé,ne voulant pas avoir de problèmes et perdre la nationalité Française.Les jeunes filles de 18 ans qui arrivent sont obligées (selon le réseau) de s’accoupler, avec un compatriote régulier,il a un emploi,des papiers,évidemment ces jeunes tombent enceintes afin d’obtenir plus rapidement une carte de séjour.Souvent les hommes ont parfois la quarantaine ou la cinquantaine, le regard de la jeune demoiselle en dit long (prise au piège). Rien n’est gratuit,il faut vivre dans les quartiers populaires,pour comprendre que l’exploitation des clandestins (quelque soit la communauté) commence d’abord par leurs propres compatriotes. Je vis à la Crique,je vais souvent à la cité Capulo ,je circule en bus résultat il y a beaucoup de choses à raconter parfois tristes.

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