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Les secrets d’un réseau de passeurs de migrants haïtiens via le Suriname

Les secrets d’un réseau de passeurs de migrants haïtiens via le Suriname
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On peut considérer rétrospectivement que la procédure de comparution immédiate décidée à l’époque par le parquet aura épargné à Claudy Dacila une peine plus lourde au regard de l’enquête qui suivra.

Car, en effet, au cours de leur audition dans cette affaire, les ressortissants Haïtiens en situation irrégulière ont parlé : ils ont alors révélé les noms de plusieurs personnes, autres que Claudy Dacila, impliquées, selon eux, dans l’organisation de leur entrée sur le territoire guyanais.

Des numéros de téléphones sont même communiqués aux enquêteurs par ces étrangers en situation irrégulière.

Cette affaire débouche donc sur une enquête plus large consacrée par l’ouverture d’une information judiciaire le 7 juillet 2007, autrement dit la saisine d’un juge d’instruction.

Le 6 mars 2018, l’ordonnance du juge d’instruction Jonas Nefzi renvoie en correctionnelle notamment pour «aide au séjour irrégulier en bande organisée», une belle brochette de businessmen de l’immigration en Guyane, notamment 5 hommes d’âge mur, un quadragénaire et quatre quinquagénaires : un Martiniquais établi en Guyane, volatilisé au cours de l’instruction, président d’une association d’aide aux personnes, déjà condamné dans une affaire de stupéfiants, ainsi que quatre hommes nés en Haïti (trois de nationalité haïtienne, un naturalisé français) et établis en Guyane : un employé de la mairie de Saint-Laurent du Maroni gardien et hébergeur d’illégaux, un chauffeur aux revenus officiels des plus modestes mais achetant cash pour 31 000 euros son camion-sandwiches préposé au transport de clandestins, un commerçant hébergeant des sans-papiers moyennant finances à Mana et un chauffeur de taxi non déclaré transporteurs de migrants irréguliers de Saint-Laurent à Iracoubo.

Six personnes sont in fine renvoyés en correctionnelle dans ce dossier.

Le sixième, Ernst Aurélien, est un homme plus jeune, trentenaire, également de nationalité haïtienne, né le 11 novembre 1981 à Port au Prince, considéré par les enquêteurs comme une «petite main», un chauffeur occasionnel à l’encontre duquel ne sera reproché au procès qu’un transports de 7 clandestins qu’il aura d’ailleurs reconnu au cours de l’enquête.

Quatre des prévenus habitant l’Ouest guyanais, les deux autres Matoury.

Les prévenus n’étaient donc pas tous présents le jour du procès, le 3 mai 2018 : le prévenu Raymond Orfèvres, natif de la Trinité en Martinique le 16 septembre 1961, et habitant Matoury, aura été porté disparu des écrans radars judiciaires depuis fin 2017 au moment du procès puis de son délibéré le 7 juin 2018.

Le 7 juin 2018, le tribunal correctionnel suivant des réquisitions sévères du parquet le 3 mai précédent prononce des peines lourdes à l’encontre de cinq des six prévenus.

Les six hommes sont alors condamnés pour aide à l’entrée, au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière en bande organisée.

Kesner Cilencieux, ressortissant haïtien, né le 22 juillet 1962 à Gonaïves en Haïti, alors en détention provisoire depuis le jour de sa mise en examen, le 7 juillet 2017 -soit depuis 11 mois- et considéré comme le plus actif voire la tête de pont du réseau, est condamné à 7 ans de prison ferme avec maintien en détention.

Kesner Cilencieux est l’homme aux revenus modestes qui a acheté son fourgon à clandestins cash, 31 000 euros. Celui avec une cache aménagée, intercepté avec 8 clandestins dont une femme enceinte le 6 septembre 2016, l’évènement détonateur de l’affaire.

Dans cette affaire, des surveillances physiques avaient permis de constater, les 8 et 11 février 2017, la prise en charge de personnes dans un véhicule qui s’arrêtait avant le poste de contrôle de gendarmerie d’Iracoubo où Kesner Cilencieux se présentait seul au volant.

Puis, le poste de contrôle de gendarmerie passé, le véhicule de Cilencieux s’arrêtait à nouveau pour récupérer les occupants, qui venaient de contourner le barrage au nez et à la barbe des gendarmes en poste fixe.

Cilencieux conduisait alors ses occupants pour les déposer à destination à Cayenne ou Kourou.

L’enquête, au regard du modus operandi, en concluait que les occupants ne pouvaient être que des clandestins.

Ressortissant français, Joseph Ferdinand, tout juste 54 ans à l’époque (il est né le 5 juin 1964 à Duvallier Ville en Haïti), incarcéré depuis le même jour que Cilencieux , écope lui, le 7 juin 2018, de 6 ans de prison ferme avec, pour lui aussi, le maintien en détention.

Ferdinand a reconnu, au cours de l’enquête, exercer la profession de chauffeur de taxi non déclaré et effectuer des transports d’illégaux entre Saint-Laurent et Iracoubo.

Deux autres ressortissants haïtiens écopent alors pour leur part de 4 ans de prison ferme : il s’agit de Fritzner Paraison né le 30 août 1973 à Jacqmel en Haïti, qui doit alors fêter ses 45 ans fin août suivant et Vilacon Belus, 53 ans : lui est né le 3 mai 1965 à Saint-Louis du Sud également en Haïti.

Dans ce dossier, Paraison est le «gardien» de clandestins à Saint-Laurent du Maroni, celui qui les prend en charge à leur arrivée dans cette ville frontalière et les héberge si nécessaire, dans l’attente du véhicule qui doit les transporter.

Belus, quant à lui, est celui qui en héberge à Mana.

Paraison est alors établi à Saint-Laurent du Maroni où il est employé à la mairie selon l’enquête, le second habite évidemment à Mana. Tous deux étaient présents au procès du 3 mai 2018 mais absents au délibéré le 7 juin suivant. Un mandat d’arrêt est alors délivré à leur encontre.

Raymond Orfèvres, l’absent du procès, presque 57 au moment du délibéré, écope de la même peine que Belus et Paraison : 4 ans ferme avec mandat d’arrêt.

C’est surtout parce qu’il a parlé…

Le sixième prévenu s’en sort mieux : Ernst Aurélien écope d’un an ferme sans mandat de dépôt. Il échappe donc à la prison.

Au procès du 3 mai 2018, au cours de ses réquisitions, le parquet avait souligné son implication moindre dans ce dossier, comparée aux autres mis en examen.

Il n’était alors reproché à cet Aurélien «que» le transport «de 7 étrangers en situation irrégulière non identifiés».

Dans son ordonnance de renvoi en correctionnelle, le juge d’instruction avait noté que l’intéressé «travaille de manière légale ou quasi-légale : achat de marchandises au Suriname revendues sur le marché de Cayenne ».

Pour un avocat d’un des 5 autres prévenus du dossier, interrogé par nos soins à l’époque du procès, si la peine prononcée à l’encontre d’Ernst Aurélien est alors moins sévère que celles infligées aux autres : «c’est surtout parce qu’il a parlé ».

Les investigations au Suriname et en Haïti n’ont pas été réalisées afin de rester dans un délai raisonnable d’enquête

L’enquête judiciaire avait également découvert l’identité d’autres passeurs présumés de nationalité haïtienne sévissant, pour leur part, au Suriname et  faisant partie des filières mises au jour mais s’était finalement contentée, pour conclure plus vite, à poursuivre uniquement les passeurs repérés en Guyane, les deux-tiers d’entre eux établis donc dans l’Ouest guyanais, le reste à Matoury.

Comme dans la quasi-totalité des dossiers judiciaires de Guyane, l’enquête se sera en effet arrêtée à la frontière comme le justifie à sa manière cet extrait d’un réquisitoire du parquet en fin d’instruction : «Les investigations ont établi la présence d’un réseau (parmi d’autres) en Guyane d’au moins 10 personnes composé de passeurs d’étrangers venus d’Haïti en Guyane, avec des relais haïtiens au Suriname et notamment ‘ Jérémie ‘ et  ‘ Jean ‘ qui n’ont pas été interpellés. Pour des raisons d’opportunité et leur rôle dans le réseau, seules 6 personnes ont été mises en examen. Les investigations au Suriname et en Haïti n’ont pas été réalisées afin de rester dans un délai raisonnable d’enquête dans le cadre d’une filière d’immigration illégale. L’enquête s’est appuyée sur un important travail de téléphonie couplé avec des moyens de géolocalisation et des surveillances physiques.»

Cet article est composé de plusieurs parties, lire la suite:

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3 commentaires

  • Moa
    15 mai 2021

    Hébergements moyennant finances toujours en cours à Mana …….

  • Frog
    16 mai 2021

    Et à l’issue de leur peine, les passeurs seront ils expulsés ? Les « passés » eux, ont du se voir gratifiés d’une carte de séjour…

  • micafleur
    16 mai 2021

    ^Parmi les premiers Haïtiens arrivés en Guyane et qui ont réussi,il y a effectivement des personnes qui organisent l’arrivée des clandestins avec aussi l’aide de quelques locaux,sauf que chaque passage,chaque hébergement est payant.Une dame d’origine Haïtienne devenue Française,nous a confié il y a quelques années qu’un compatriote l’avait contactée afin qu’elle puisse recevoir en pleine nuit 4 clandestins ces derniers,devaient lui remettre 250 euros.Cette dame a refusé,ne voulant pas avoir de problèmes et perdre la nationalité Française.Les jeunes filles de 18 ans qui arrivent sont obligées (selon le réseau) de s’accoupler, avec un compatriote régulier,il a un emploi,des papiers,évidemment ces jeunes tombent enceintes afin d’obtenir plus rapidement une carte de séjour.Souvent les hommes ont parfois la quarantaine ou la cinquantaine, le regard de la jeune demoiselle en dit long (prise au piège). Rien n’est gratuit,il faut vivre dans les quartiers populaires,pour comprendre que l’exploitation des clandestins (quelque soit la communauté) commence d’abord par leurs propres compatriotes. Je vis à la Crique,je vais souvent à la cité Capulo ,je circule en bus résultat il y a beaucoup de choses à raconter parfois tristes.

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