Identifiez-vous

Mot de passe oublié ?

Publicité Guyaweb

La PPE 2016-2023 révisée

La PPE 2016-2023 révisée

Après avoir été rejetée par l’autorité environnementale, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est révisée. Une nouvelle version est soumise à consultation publique. Hélène Sirder, la défendra aussi dans quelques jours à Paris.

Le 19 octobre 2016, l’Autorité environnementale (Ae) du ministère de l’Environnement et du Développement durable avait recalé la PPE Guyane 2016-2023 au motif que « l’évaluation environnementale et la prise en compte de l’environnement » étaient insuffisantes (Guyaweb du 28/10/16). En d’autres termes, que les choix énergétiques territoriaux ne répondaient pas aux exigences de sortie des énergies fossiles et de réduction des gaz à effet de serre, entérinées par la loi pour la transition énergétique du 17 août 2015.

L’entrée en vigueur de la PPE est conditionnée par le feu vert de la ministre de l’Energie, Ségolène Royal, elle-même sensible aux avis de l’Ae. C’est ainsi, que les services de l’État et de la CTG ont depuis révisé ce document cadre. Charge désormais de défendre cette nouvelle mouture.

La vice-présidente de la CTG, déléguée à l’énergie, Hélène Sirder, s’y emploiera les 7 et 9 décembre à Paris, devant le Conseil national pour la transition énergétique et le Conseil supérieur de l’énergie. La PPE est aussi en consultation publique jusqu’au 15 janvier 2017, et consultable dans les locaux de la CTG ou de la Deal à Cayenne, et sur internet (voir en fin d’article).

A l’issue de l’enquête publique, « une ultime version, prenant en compte le cas échéant les remarques formulées », sera validée par le président de la CTG et par le préfet. La PPE sera ensuite soumise aux élus de l’Assemblée de Guyane et au ministère.

Plusieurs points avaient particulièrement interpellé l’Ae. Nous retenons son reproche d’un manque « d’indicateurs et de mesures » permettant d’apprécier les « impacts environnementaux » qui vont naître du remplacement des centrales Edf, de la construction d’usines « biomasse », de barrages, de l’extension des toitures photovoltaïques etc. Sans ces données, l’autorité peinait à apprécier l’intérêt de chaque orientation.

Nous retenons également sa critique d’une PPE uniquement tournée vers l’approvisionnement électrique alors qu’auraient dû figurer les enjeux des transports en commun, c’est à dire le maillage équitable du territoire et limitant le recours aux carburants.

Face aux recommandations et reproches, un mémoire en réponse a été adressé à l’Ae. La PPE révisée (version novembre 2016) et ses annexes sont désormais publics.

Quelles sont les modifications apportées ?

Des calculs plus nombreux. « Une révision méthodologique des données de 2009 à 2014 a été effectuée par le GEC [Guyane Énergie Climat, satellite de la CTG] ». Très techniques et nombreux, les tableaux sont consultables en annexe 2. Malgré tout, « les corrections apportées, seront intégrées dans le projet de PPE à l’issue de la consultation publique » signalent étonnamment les auteurs.

Pour répondre aux demandes formulées par l’Ae, « les consommations de carburants liées » à leur acheminement en Guyane ont été enfin intégrées (transport aérien moyen et long courrier, transport maritime). Il résulte quelques variations : ainsi en 2014, le taux de dépendance du territoire guyanais aux énergies fossiles atteint « 82% » et non 79,7% (mentionné d’ailleurs à « 79% » sur la PPE).

Ces énergies fossiles (surtout le gazole et le fuel) servent de manière écrasante à faire rouler les véhicules (tout en sachant que selon le GEC, « un foyer sur deux » ne dispose pas d’une automobile), et à faire siffler les centrales EDF.

Le bras de fer demeure. Il est une approche qui ne change pas en revanche et qui est assumée par les auteurs de la PPE. Celle qui consisterait en un pragmatisme local, plutôt qu’une idéologie écolo, imposée par Paris.

D’ailleurs, les auteurs de la PPE ont profité de sa révision pour jeter à la poubelle, « le scénario MDE volontariste » de la demande en électricité. Ils ne retiennent que le scénario de « référence » de Edf (hors projets miniers), tout en assurant que « les actions préconisées pour le renforcement des mesures d’efficacité énergétique visent-elles à atteindre les objectifs du scénario MDE volontariste du Prerure [plan énergétique régional pluriannuel de prospection et d’exploitation des énergies renouvelables et d’utilisation rationnelle de l’énergie, acté en avril 2012 par la préfecture et l’ancien conseil régional !] ».

« Imposer à la Guyane les mêmes objectifs de maîtrise de la demande d’énergie (MDE) que [dans les autres territoires ultramarins] pourrait contraindre ses besoins de développement » martèlent la CTG et la préfecture. Un discours aussi tronqué dans un contexte de dettes publiques sans précédent mérite les vivats.

Ce postulat n’a d’ailleurs pas lieu d’être si l’on considère que mieux consommer n’obère pas la bonne marche collective, au contraire, et si l’on retient l’exemple suivant. Au vu de la « croissance démographique » et du modèle économique retenu, Edf avait établi au début des années 2000 une projection de la consommation énergétique 2005-2014. Il apparaissait une estimation de « 6 à 8 % » de hausse de la demande par an. Or, l’accroissement enregistré fut bien moindre, puisqu’il s’était stabilisé autour de « 1,2 % » par an (Guyaweb du 18/05/15). Dans ce même laps de temps, on créait pourtant, selon la PPE, « 5 000 logements, de nouvelles zones commerciales, l’extension de l’hôpital de Cayenne, l’arrivée de nouveaux lanceurs (Soyouz, Véga) » et les indicateurs de l’Insee traduisaient « une augmentation constante du taux d’équipement de loisir et de confort (climatisation, eau chaude sanitaire … ) dans les logements », exprimait en mai 2015 un membre du Generg (groupement des entrepreneurs des énergies renouvelables de Guyane).  (Guyaweb du 18/05/15)

Les sujets qui fâchent se font discrets. La version révisée est un peu plus étoffée. Elle est aussi un peu remaniée, notamment sur deux sujets polémiques : la construction d’un second barrage et la prise en compte du développement de l’activité minière. En Guyane, il est reproché à la préfecture et la CTG leur empressement sur ces sujets à rebours de l’urgence énergétique et par ailleurs producteurs de gaz à effet de serre. Quant à Ségolène Royal, elle a fait montre d’une hostilité plus ou moins appuyée à l’égard de ces dossiers.

L’ « étude d’opportunité sur le second grand barrage », et l’étude pour « mesurer et comparer les avantages et les inconvénients techniques, économiques et environnementaux de chaque option d’approvisionnement des sites miniers à développer en Guyane d’ici 2017 » ont donc été supprimées de la « Synthèse des mesures » (p.102). Ce remaniement est habile, mais en substance ne change rien, puisque les deux études sont toujours bel et bien citées – ailleurs dans le texte – comme priorités du plan 2016-2018.

D’ailleurs, le scénario volontariste de la demande en électricité d’ici à 2023 est justement écarté car il ne prend pas en compte le raccordement des futurs gouffres énergétiques miniers de l’Ouest (le besoin en électricité de Montagne d’or représenterait 36% de la consommation totale actuelle de la Guyane si un raccordement du site aurifère est accordé).

Le transport collectif n’est pas la priorité. L’autorité environnementale s’étonnait que le volet « transport », qui représente pourtant en Guyane « près de 55 % à 60 % » des consommations d’énergie ne soit pas abordé dans la PPE. Sur ce point, l’exécutif territorial n’en démord pas : le maillage de la Guyane n’est pas la priorité du plan 2016-2018, compte-tenu de la « vétusté des installations (tant des moyens de production que des réseaux), [du] faible taux d’électrification dans certaines zones du territoire et [de] la qualité dégradée de l’électricité livrée (coupures dans le temps et en durée) ». D’ailleurs, la CTG note que Ségolène Royal avait demandé par courrier du 23 février 2015 d’ « axer en priorité les travaux de la première période de trois ans de la PPE sur le volet électrique » (courrier que nous n’avons pas en notre possession).

L’urgence de l’une empêche-t-elle la seconde problématique d’émerger ? La mobilité concerne pourtant l’ensemble des Guyanais (qu’il s’agisse de ceux coincés dans les bouchons au quotidien, comme de ceux ne disposant pas de véhicule et soumis à la débrouille et à la « cherté des taxis collectifs et individuels », dixit la PPE) et porte un impact socio-économique fort, d’autant que la possession d’un véhicule coûte plus cher en Guyane qu’aux Antilles et en France (Guyaweb du 23/05/15). Malgré cela, elle est renvoyée à après « 2018 ». Il est frappant – annexe 1 de la PPE de novembre 2016 – de constater que cette compétence territoriale, intitulée « mobilité durable » est la dernière priorité de la préfecture et de la CTG (14e sur 14).

Avant elle, on évoque une étude en 2018 sur les « véhicules électriques et hybrides sur le territoire », ce qui ne changera aucunement la donne sur l’engorgement du réseau ni-même sur les zones non desservies. On parle aussi d’une éventuelle étude sur les « biocarburants », ce que l’on sait pourtant être une dangereuse atteinte à la sécurité alimentaire mondiale.

Une année plus tôt, on aura cherché à optimiser « l’approvisionnement des sites miniers à développer en Guyane ». Ou comment prioriser sur fonds publics, des études pour des investisseurs privés, comme Columbus Gold sur la Montagne d’or, dont le « potentiel économique atteint près de 95 tonnes d’or, et le coût moyen de production annoncé inférieur à la moyenne du secteur » (Les Echos du 24/08/15).

Pour aller plus loin :

Pour consulter le projet de PPE de Guyane et donner son avis :

https://www.ctguyane.fr/consultationppe

Sur le site de la préfecture de Guyane

Les avis peuvent être rendus par voie électronique aux adresses suivantes :

mrb [at] ctguyane [dot] fr

deal973 [dot] spsdd [at] developpement-durable [dot] gouv [dot] fr

Vous êtes abonné(e) Identifiez-vous

Mot de passe oublié ?

Pas encore abonné(e) ? Abonnez-vous

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à l’intégralité de Guyaweb

Abonnez-vous

3 commentaires

  • Acoupa
    05 décembre 2016

    Conseil d’Administration :

    Tiens, tiens,
    Dans Guyane énergie climat, on retrouve un certain Biava (Trésorier), ex-directeur … d’EDF Guyane, ceci explique … certainement… cela

    Présidente : Hélène SIRDER (Région Guyane)

    Vice-Président : Fabien CANAVY (Conseil Général)

    Secrétaire – Trésorier : Jean-Philippe BIAVA (EDF-Guyane)

    Conseiller technique : Suzanne PONS (ADEME-Guyane)

  • Francois
    07 décembre 2016

    on trouve des paragraphes adorables dans l’avis officiel de l’Autorite Environnementale: je cite:
    « Les échanges entre les rapporteurs de l’Ae et les acteurs ayant
    contribué à l’élaboration de la PPE ont notamment fait apparaître qu’une partie des
    approvisionnements d’EDF en gazole, l’année utilisée pour les bilans présentés (2014),
    représentant plus de 10 % de l’énergie primaire totale consommée en Guyane, avait été oubliée lors de la construction du bilan » !!!!!!
    Pour mémoire les fameux « acteurs ayant élaboré la PPE » sont simplement la Presidence de la CTG et la Préfecture de Guyane …

    Oublier 10% de l’energie primaire dans la suite des calculs et propositions: je rêve !

  • Francois
    07 décembre 2016

    bonjour Marion Briswalter;: je repose ma question d’il y a qques semaines: avons-nous un petit bilan de cette hydrolienne fluviale installee vers Camopi ?
    Est-ce prometteur ? Cela a t il bien fonctionné ?
    Merci à vous et à vos collegues de Guyaweb si vous pouviez trouver un document « comprehensible » à ce sujet.

Articles associés :

Suriname : 204 morts Covid de mars 2020 à fin avril 2021, en mai 98 morts, un record mensuel déjà battu : 141 décès du 1er au 18 juin et un parlementaire antivax !

Au Suriname, le nombre de décès Covid poursuit son affolante ascension. Ce pays avait déploré 204 morts Covid de mars 2020 à fin avril 2021, en 14 mois donc. Le mois suivant, en mai, il y aura...

Assiduité des élus à la CTG : Ringuet, Phinéra-Horth et Briolin à la traîne

A l'occasion des élections territoriales dont le premier tour est prévu ce dimanche 20 juin, Guyaweb s'est penché sur l'assiduité des 51 conseillers de la Collectivité territoriale de Guyane ...

L’enquête judiciaire pour suspicion de «favoritisme» est bouclée dans l’affaire qui vise Gabriel Serville, signataire, fin 2014, d’une convention pour la mairie de Matoury avec l’avocat Olivier Taoumi pour 9500 € mensuels d’honoraires

L'enquête judiciaire sur les conditions d'attribution d'une rémunération mensuelle nette de 9500 euros par la mairie de Matoury, théoriquement durant 38 mois, à Olivier Taoumi, entre fin 2014 et ...

Covid-19 : les chiffres ne sont pas rassurants, les indicateurs restent élevés dans un contexte de confinement quasi-fantoche et d’agitation des esprits…

Les chiffres consolidés du Covid-19 ne sont pas à la baisse en Guyane contrairement à ce qu'espéraient les autorités en début de semaine dernière au moment de la décision de maintien des ...

Interview de Gabriel Serville : TVA, évolution statutaire, immigration …

Le député Gabriel Serville (Peyi Guyane), figure politique à l’itinéraire morcelé, s’est lancé dans la bataille des élections territoriales à la tête de la liste « Guyane Kontré pour ...

Toutes les petites annonces ( 0 ) :

© 2021 Comimpex / Guyaweb . Tous droits réservés

Site Internet hébergé par Côté Cube