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Abango Adam condamné pour ses activités à « Délices » 

Abango Adam condamné pour ses activités à « Délices » 

Le chef d’entreprise et opérateur minier Abango Adam (1), père du député LREM et président de la commission d’enquête parlementaire sur l’orpaillage illégal Lénaïck Adam, a été condamné en mai 2020 par la justice pour « occupation illégale » d’un site minier dans l’Ouest guyanais. Cette condamnation, dont il a fait appel, fait suite à des années d’activité extractive entachée de nombreuses irrégularités. Premier volet de l’enquête de Guyaweb.

Le 27 mai 2020, la chambre détachée du Tribunal correctionnel de Saint-Laurent du Maroni a condamné Abango Adam, 58 ans, pour « occupation sans titre ou empiètement entraînant la destruction de bois ou forêt » de 2014 à 2019.

Cette condamnation introduite par le parquet et contre laquelle l’intéressé a fait appel, a été assortie d’une amende de « 112 500 € » avec sursis et de la « confiscation » du matériel litigieux utilisé en temps normal pour chercher de l’or et laissé sur place. 

Pour la justice, les faits « sont d’une gravité particulière » et ont porté « atteinte à l’environnement ». 

La chambre correctionnelle de Saint-Laurent du Maroni avait calculé l’amende avec sursis dressée à l’encontre de l’opérateur sur une base de « 3 750 hectares » de forêts d’Etat sujettes à « occupation sans titre ou d’un empiètement » illicite (2), à raison de 30 euros par hectare ou fraction d’hectare concernés.

Une procédure au civil est en cours à l’encontre de M. Abango Adam. L’Office national des forêts (ONF) demande un dédommagement pour « préjudice écologique », à Délices, secteur forestier où peuvent être aperçus des jaguars, des pumas gris, des atèles, des singes hurleurs.

 L’audience au civil a été renvoyée dans l’attente du jugement au pénal par la Cour d’appel de Cayenne.

Extrait de la demande publique de PER de M.Adam © SREDG

 

 Une activité peu exemplaire 

Cette affaire intervient alors qu’Abango Adam, ancien président du syndicat minier de l’Ouest guyanais (Smog) où siégeait le terrible Jean Bena, fait l’objet depuis plus de dix ans de nombreux rappels à l’ordre quant à la manière dont il exploite l’or alluvionnaire, impacte l’environnement, traite ses ouvriers et manque à ses obligations fiscales et sociales à « Délices », secteur minier sur la commune de Saint-Laurent du Maroni, situé à une centaine de kilomètres du littoral.

L’homme, par ailleurs condamné en 2013  à un an de prison avec sursis pour l’obtention de deux marchés frauduleux dans le cadre de l’affaire retentissante de « corruption » et « favoritisme » impliquant des entrepreneurs guyanais ainsi que Léon Bertrand, ancien maire historique de Saint-Laurent du Maroni, a détenu des titres miniers à partir de la fin des années 1990 dans ce secteur forestier, à 20 km de la Montagne d’Or et à proximité de deux réserves naturelles intégrales. 

Il déclarait de 2000 à 2003 la production de « 378,1 kg d’or brut » sur onze hectares, où il disposait d’autorisations d’exploitation. Puis en 2004, il obtenait à Délices un permis d’exploitation (PEX) de 25 km2, dont il tira officiellement au cours des années 2005-2006 et 2009 quelques dizaines de kilos d’or brut.

A partir de 2004, des missions d’inspection, dont nous avons pu lire les comptes-rendus, constatent à plusieurs reprises l’absence de réhabilitation de zones exploitées, des pollutions des eaux de surface et le non-respect des conditions de stockage des hydrocarbures présents en quantité sur le site. 

En 2014, un document que nous nous sommes procurés relatait la prise en flagrant délit par des professionnels assermentés d’ouvriers travaillant « depuis 3 mois sur les consignes du patron » [Abango Adam, ndlr] dans un périmètre non autorisé par l’administration, contigu au titre minier en cours.

Selon cette photographie, une pelleteuse est alors en train d’alimenter une table inclinée afin de faire émerger d’éventuelles paillettes d’or. Des bassins ont été creusés, ils servent de zone tampon avant le rejet des boues sales dans le milieu naturel.

En rouge, la limite du permis d’exploitation accordé jusqu’en 2014 à Adam Abango. A gauche de la limite : dans le permis. A droite : hors du permis. © Document Guyaweb.

« Deux hectares » de forêt furent abattus illégalement si l’on en croit le document, qui souligne qu’ « il y a également extraction de matériaux précieux » [or, ndlr] sans autorisation ce qui constitue « une infraction au Code minier ». 

« Au regard de son expérience passée, des précédentes visites [d’inspection, ndlr], de ses précédents titres miniers, Monsieur Adam, et ses personnels, connaissaient les obligations (…) [et] les limites du titre minier attribué » soulignent les assermentés. 

Pour le procureur de la République, Samuel Finielz, le signalement adressé au parquet de Cayenne en décembre 2014 a « peut-être » été « classé sans suite ». 

Ce même trimestre 2014, le 18 novembre précisément, Emmanuel Macron alors ministre de l’Economie en charge des mines, s’opposait à la prolongation du permis « Délices » demandée par Abango Adam. Le refus d’Emmanuel Macron s’appuyait sur les dettes sociales et fiscales de la société minière, sur des comptes-rendus de missions d’inspection, sur les « réserves » émises en septembre 2014 par le Conseil général de l’économie et sur une mise en demeure signée le 6 septembre 2010 par le préfet de Guyane qui soulignait « l’urgence de mettre fin aux situations de non-conformité […] notamment en matière de santé et de sécurité des personnels ». 

Cette mise en demeure, dressée suite à une visite « inopinée » de la police des mines, décrivait un site en piteux état, ne respectant presque aucun point du règlement des industries extractives : signalétique des zones de dangers, risque incendie, installation électrique, fuites d’hydrocarbures, état du garde-manger, tout était à l’avenant selon ce document rendu public. 

En tant que membre de la Fédération des opérateurs miniers (Fedom) de Guyane, Monsieur Adam s’était pourtant engagé à « protéger la santé humaine et le milieu naturel » par le biais de la « Charte des bonnes pratiques » de la fédération signée avec l’Etat en 2005.

 Nous avons tenté de joindre par téléphone et par écrit l’opérateur minier. Nous lui avons transmis des questions précises (à lire en bas de l’article). Aucune réponse ne nous est parvenue après un délai de trois semaines. 

L’atteinte portée par « l’activité » d’Abango Adam par défaut de réhabilitation des sites qu’il a exploités et les « nombreux déchets abandonnés » sur place, impactait fin août 2019 « 165 hectares » signalait une « fiche de renseignement » dont nous avons pu prendre connaissance, partagée dans un cercle restreint à la gendarmerie, à l’État-major de lutte contre l’orpaillage et la pêche illicite (EMOPI), à l’ONF et à la Direction régionale de l’environnement.

Les données scientifiques sont très claires quant aux dommages des mines laissées à l’abandon sur l’écosystème tropical humide guyanais, « unique et peu résilient ». « Le mitage écologique difficilement réversible » déjà causé par les exploitations légales est aggravé en cas de non-respect de la réglementation : l’absence de réhabilitation des terres saignées à blanc « favorise » l’accroissement des flux de mercure, naturellement présent dans les sols guyanais, et des matières en suspension à l’origine de la dégradation des milieux aquatiques. 

Une nouvelle demande de permis en cours d’instruction 

L’opérateur minier, dont l’exploitation n’a pas été exemplaire, cherche désormais à revenir dans ce secteur pour y faire de la prospection d’ors alluvionnaire et primaire, et potentiellement exploiter à moyen terme un gisement.

Et il est aidé en cela par son fils Lenaïck Adam, figure politique montante. 

Au premier semestre 2018, le jeune député, membre de la majorité présidentielle LREM (La République en Marche), déposait en main propre auprès des services instructeurs de la Défense, à l’attention du ministre en charge des mines, Bruno Le Maire, une demande de permis de recherche minière (PER) d’or de 30 km2, pour le compte de la SREDG, la nouvelle société minière familiale dont les statuts sont co-signés par son père et son frère, Komlan Adam. Ce dernier a été candidat sur une liste d’opposition aux élections municipales de Saint-Laurent du Maroni en 2008. 

« J’allais à Paris, je l’ai déposée pour rendre service à mon père » s’en explique le député à Guyaweb. Quelques minutes auparavant, au cours de notre échange, il entretenait pourtant le doute sur sa connaissance des affaires familiales : « je pense que mon père a quelque chose qu’il essaie de faire renouveler, mais je ne sais pas ».

Contactée au sujet des modalités de dépôt d’une demande de PER – qui en effet doit être légalement adressée au ministre chargé des mines – et de l’instruction en cours, la préfecture de Guyane, dirigée par Thierry Queffelec et dotée d’un délégué spécial mines (Didier Lemoine), n’a pas répondu. 

« Les activités de mon père ne m’incombent pas » se défend Lénaïck Adam face à Guyaweb.

Les activités professionnelles des deux hommes sont pourtant intimement liées. 

En février 2018, six mois après avoir été élu à l’Assemblée nationale, Lénaïck Adam expliquait face caméra être « retourné au pays pour pouvoir aider [s]on père, l’accompagner, être à son service pour le développement de ses structures ». A cette époque, les sociétés paternelles en activité concernent au moins le secteur minier et celui du transport. 

De mi-2016 à 2018, Lénaïck Adam a occupé des postes de « directeur », « co-gérant » et « conseiller spécial » au sein de la principale société de son père, Maroni Transports et Liaisons, spécialisée dans le fret fluvial et le transport de passagers. Cette entreprise, qui a aussi détenu des titres miniers au début des années 2000, s’est engagée en 2019, à la demande de l’administration, à « soutenir financièrement » à hauteur de « 225 000 € » la SREDG dans ses futurs travaux miniers. 

L’administration a en effet besoin d’être rassurée car les deux dernières sociétés minières de M. Adam ont fait l’objet de liquidation judiciaire ; ce qui aurait empêché l’opérateur, selon sa défense, de répondre à ses obligations minières et environnementales à Délices.

Depuis fin 2019, Lénaïck Adam est gérant d’une autre affaire familiale, la société civile immobilière (SCI) Ablema, dont son père est co-actionnaire. 

L’intérêt de Lénaïck Adam pour les affaires de son père, et plus généralement pour les entrepreneurs miniers légaux en Guyane, risque, comme nous le montrerons dans le second volet de notre enquête, de détourner de sa mission essentielle la commission d’enquête parlementaire qu’il préside sur les carences de la lutte contre l’orpaillage illégal. 

(1) Plusieurs orthographes du prénom circulent : Abango, Abongo et jusqu’à Aboudo pour le jugement de 2020. Nous avons retenu Abango, l’orthographe la plus courante dans les documents que nous nous sommes procurés. En outre M. Adam signe la demande de PER de sa main avec cette orthographe : Abango Adam.

(2) Après vérification, une confusion semble avoir été opérée dans la rédaction du délibéré de la chambre correctionnelle de Saint-Laurent du Maroni puisque le régime forestier prévoit une amende de « 3 750 euros par hectare » en cas d’occupation sans titre ou empiètement des forêts d’État. Ici on peut donc en conclure que l’amende de « 112 500 euros » a été calculée sur la base de 30 hectares ou portions d’hectare concernés. Et non pas, sur la base, comme l’écrit la délibération de « 30 euros à l’hectare ».

Photo de Une : « Situation des zones déjà exploitées sur le PER « Délices » en 2017 ». Extrait de la demande publique de PER de M.Adam  ©  SREDG 

Enquête de Marion Briswalter & Hélène Ferrarini

Les questions que nous avions adressées par mail à Abango Adam.

Bonsoir Monsieur Adam,

En prévision d’un article que je compte consacrer notamment à votre demande de PER en instruction et à vos activités minières passées, je me permets de venir vers vous de sorte que mon récit soit le plus précis possible et que je puisse faire état de vos commentaires.

Je me permets donc de vous soumettre les questions qui me semblent utiles.

En vous remerciant pour les réponses que vous voudrez bien m’apporter, je vous prie de croire en mes sentiments très cordiaux.

– Êtes-vous toujours membre de la Fedom ?

– Le Smog existe-t-il toujours, et en faites-vous toujours partie ?

– Etiez-vous membre du Smog en même temps que Jean Bena ?

– Vous avez adressé une demande, qui est en cours d’instruction, de PER à Délices. Quel type de projet souhaitez-vous mener là-bas ?

– Depuis quand n’êtes-vous pas allé à Délices ?

– Y a-t-il beaucoup de clandestins sur le site que vous exploitiez ?

– Une « attestation de prêt sur l’honneur » de « matériel » vous appartenant et « laissé sur le site » de Délices a été annexée à votre demande de PER. Il y a des broyeurs, des concentrateurs, des moteurs, un quad, des pirogues. Vous dites qu’il y a même un téléphone satellite et une radio HF à disposition. Ce matériel léger a aussi été laissé sur le site ? Pourquoi ?

– Pourquoi n’avez-vous pas réhabilité les anciens placers que vous avez exploités comme le veut la réglementation ?

– S’il s’agit d’un problème financier, pourquoi n’avez-vous pas engagé des crédits inter-entreprises avec Maroni Transports Liaison, puisqu’elle est aujourd’hui votre « caution solidaire » ?

– Pourquoi aviez-vous décidé de sous-traiter l’exploitation à Stéphane Yarde en 2013 ?

– Vous avez été condamné en 2020 par le tribunal de Saint-Laurent et vous avez fait appel. Que contestez-vous ?

– En novembre 2014, un procès-verbal a été dressé à votre encontre pour chantier alluvionnaire en dehors du permis qui vous était alors accordé. Comment cette exploitation hors du périmètre autorisé a-t-elle pu se produire ?

– Avez-vous trouvé de l’or au cours de ce chantier hors périmètre ?

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3 commentaires

  • Frog
    15 avril 2021

    Ahhhh monsieur le juge, fallait bien que je paye les études du petit…

  • Frog
    15 avril 2021

    …et le petit qui vient de proposer un alourdissement des peines. Avec effet rétroactif ?

  • Macanahan
    19 avril 2021

    Bravo très belle enquête sur ceux qui se croient au-dessus des lois et se permettent de travailler hors titre au nez et à la barbe de tous. Plus jamais ça!

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