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Atlas critique : d’autres cartes de la Guyane sont possibles

Atlas critique : d’autres cartes de la Guyane sont possibles

Vient de paraître aux éditions du CNRS un « Atlas critique de la Guyane » qui déconstruit les représentations cartographiques dominantes pour faire émerger d’autres manières de cartographier la Guyane. Cet ouvrage richement illustré apporte des éléments de réflexions stimulants à nombre de débats guyanais, sur l’orpaillage, le foncier, la biodiversité…

Sous la direction des chercheurs au CNRS Matthieu Noucher et Laurent Polidori, 80 contributeurs ont mobilisé leurs connaissances en cartographie et géographie bien sûr, mais aussi en histoire, sociologie, anthropologie, linguistique, botanique, philosophie… pour interroger des cartes existantes et proposer des représentations alternatives de la Guyane.

L’Atlas critique de la Guyane questionne ainsi la fabrique des cartes, en s’intéressant au choix du fond de carte qui confine, aux frontières qui délimitent, aux toponymes qui nomment… Cet atlas interroge aussi les usages qui sont fait des cartes. Comment cartographier et pour quoi faire ? Ses auteurs rappellent que « les questions d’intentionnalité cartographique et de performativité des cartes […] sont au cœur de la recherche en cartographie critique ».

Représenter la Guyane sous la forme d’une île, sans aucune terre ferme attenante, accolée à l’Hexagone dans un petit encart avec les autres départements d’outre-mer, faisant fi de tout respect de l’échelle, est un classique des cartes de France. La représenter ancrée dans le bouclier des Guyanes, sur le continent sud-américain, à proximité de l’arc caribéen, en questionnant les éléments qui l’intègrent ou au contraire qui rendent difficile son intégration dans ces espaces, offre un tout autre point de vue. Et révèle la puissance que peuvent exercer les cartes dans les représentations mentales.

Extrait de l’Atlas critique de la Guyane, M. Noucher et L. Polidori, CNRS éditions, 2020.

L’Atlas critique de la Guyane rappelle par exemple que les cartes ont été au service des pouvoirs coloniaux, comme en témoigne la juxtaposition d’une carte de 1732 montrant les terres de « nations indiennes » et une autre de 1763 ne faisant plus la moindre mention du peuplement autochtone, mais proclamant l’existence de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la colonie française ». L’invisibilisation de la présence autochtone perdure aujourd’hui : pour preuve, le récent choix de l’IGN (Institut national d’information géographique et forestière qui réalise les cartes au 50 000e du territoire) de retenir des toponymes fournis par les forces armées de Guyane, à la grande surprise des militaires eux-mêmes qui reconnaissent qu’il s’agit principalement de « points géolocalisés […] qui ne font aucun sens d’un point de vue toponymique », et de rejeter les toponymes amérindiens, que le Parc amazonien de Guyane s’efforce de recueillir dans des campagnes de cartographies participatives qui révèlent la richesse toponymique de l’intérieur guyanais.

Extrait de l’Atlas critique de la Guyane, dir. M. Noucher et L. Polidori, CNRS éditions, 2020.

Cet atlas permet également de reconsidérer nombre de problématiques guyanaises, comme ces cartes en anamorphose qui montrent la distance avec Cayenne de différents lieux de vie en Guyane, en fonction du nombre d’heures pour s’y rendre, du coût du déplacement, du nombre de rupture de charges… Ou ces projections du fleuve Maroni avec l’amont en bas et l’embouchure en haut de la carte (à l’inverse des cartes orientées avec le nord en haut) plus proches de la représentation que s’en font ses habitants, comme un bassin de vie.

« Territoire rebelle aux méthodes classiques de cartographie »

Si les réflexions de la cartographie critique peuvent être appliquées à tout territoire, les auteurs ont retenu la Guyane pour « la singularité de cet espace en pleine mutation et sa situation géographique [qui] témoignent des défis qui accompagnent toute ambition cartographique. L’étendue à couvrir, son faible taux d’occupation mais aussi les difficultés d’arpentage du massif amazonien ou son taux de couverture nuageuse élevé qui rend particulièrement délicates les prises de vue aériennes, en font un territoire rebelle aux méthodes classiques de cartographie. De plus, l’existence de désaccords politiques et culturels sur les messages à faire passer dans un atlas en raison d’une cohabitation d’acteurs ayant des visions très différentes, ainsi que les divergences de regards sur l’Histoire et la persistance de mythes géographiques – de l’Eldorado à nos jours – en font une région à forts enjeux pour qui s’intéresse à sa cartographie. »

C’est donc un ouvrage foisonnant que livrent ici les éditions du CNRS, support à la réflexion, auquel on pourra revenir régulièrement pour chercher des éclairages sur de nombreux sujets.

Pour aller plus loin : consulter des extraits de l’Atlas critique de la Guyane

Image à la Une : extrait de l’Atlas critique de la Guyane.

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