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Le pont vu d’en bas

Le pont vu d’en bas

L’observatoire homme milieu Oyapock restituait il y a peu ses derniers travaux de recherche impulsés en 2008 sur la problématique de l’impact du pont et des routes sur le milieu et les hommes de la vallée frontalière de l’Oyapock. Les enquêtes de terrain montrent toujours que le pont, « en réalité, ça ne change pas grand-chose sauf que ça va embêter les gens ».

Le 20 janvier prochain, le pont sur l’Oyapock (50 millions d’euros) pourrait être inauguré, avec le déplacement toujours non confirmé du président Sarkozy. Ce jour là, parions que les sentiments de devoir accompli pour la Nation et son peuple transpireront des représentants politiques et économiques des deux pays frontaliers. Vu depuis le terrain, le ressenti populaire et les évidences sont autres. « Le pont va affirmer une frontière qui n’existait pas » explique Damien Davy, ingénieur de recherche à l’observatoire homme milieu Oyapock.

« Ils [Jacques Chirac et Fernando Henrique Cardoso] ont pensé d’abord à leurs intérêts géopolitique, jamais ils n’ont demandé à la Guyane ou à l’Amapá, encore moins aux mairies de Saint-Georges ou d’Oiapoque, il n’y a pas eu d’état des lieux, d’étude d’impact » note le scientifique. Le président de région l’avouait lui-même au cours d’une conférence de presse, « le pont ce n’est qu’une image » (Guyaweb du 20/12/2011) .

« On peut dire que jusqu’à 2000 et 2009 [construction de la route jusqu’à Saint-Georges] les deux communes vivaient ensemble », les populations allaient et venaient de part et d’autre du fleuve vital devenu frontière. « Des deux côtés, on assiste à un raidissement des frontières », le pont étant un catalyseur, « au détriment des populations qui vivent là ». Côté Brésil, cela se traduit par exemple par la création en 2006 d’un poste militaire à Villa Brasil, face à Camopi qui « empêche » désormais les wayãpi « de chasser, faire leur abattis » côté Brésil, « ça leur enlève une partie de leur territoire » constate Damien Davy.

Des contrôles 24h/24h

Côté Guyane, le pont ce sera « soixante policiers aux frontières, des douaniers pour des contrôles 24h/24h. On peut considérer que c’est important pour lutter contre les trafics mais on peut imaginer les désagréments pour les populations frontalières ».

Habitations de migrants brésiliens, bas Oyapock français, 2005

La population de la vallée de l’Oyapock représente officieusement « 25 000 à 30 000 personnes ». Officiellement ils sont 5 500 côté français, 20 000 côté Brésil. On estime à 10 000 orpailleurs vivant dans la zone.

Les études confirment une situation économique quasi inexistante. « Aujourd’hui la réalité des échanges économiques entre l’Amapá et la Guyane sont nuls » explique Damien Davy. « La Guyane est tournée vers la France, et l’Amapá vers le Brésil (…) les promesses économiques on les espère, pour l’instant on ne voit pas grand-chose ». De fait, l’Amapá « ne produit pas grand-chose », « aucune entreprise n’a investi dans la zone économique de Saint-Georges », la fameuse zone franche et la vallée est surtout caractérisée par « l’économie informelle ».

Ressenti des habitants

De nombreux habitants ont d’ailleurs livré leur scepticisme sur cet aspect du développement économique lié au pont. Parmi les autres états d’âme, se mêlent « beaucoup de questionnements », « ils s’inquiètent concernant les pirogues, même si tous les locaux vont continuer à prendre la pirogue. Si ils [les autorités] empêchent les pirogues là il y aura conflit » présage Damien Davy. Quant aux nombreux « fantasmes », du genre « on va être envahi par les brésiliens, c’est complètement faux ! » tient à corriger le scientifique.

Pour aller plus loin :
Les rapports d’études, rapports scientifiques conduit par l’observatoire sont disponibles à la demande auprès de Damien Davy – damien.davy@guyane.cnrs.fr

Présentation de l’observatoire sur le site du CNRS

Des appels à projets scientifiques sont lancés jusqu’au 16 janvier, sur le portail du RHOM

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