La sonnette d’alarme a été une nouvelle fois tirée par le président de la fédération des entreprises du bâtiment et des travaux publics de Guyane ce jeudi au cours d’une remise de prix d’excellence du BTP. Le président appelle à une prise en considération des jeunes diplômés qui n’ont pas la nationalité française.
Ovationnés et félicités le lundi, les voici qui se retrouvent raccompagnés à la frontière le mardi. Voici l’absurde et triste fin du parcours scolaire de nombreux jeunes diplômés qui n’ont pas la nationalité française mais ont poursuivi leur cursus en Guyane. Une fois l’examen décroché, ils se retrouvent très souvent dans l’illégalité faute de régularisation de leurs droits sur le sol français.
L’occasion était trop belle pour le président de la fédération des entreprises du bâtiment et des travaux publics de Guyane, Francis Tinco, pour ne pas taire la dure réalité. Il avait mis le sujet sur le table la veille lors de la réunion en huis clos du jury et a réitéré ses attentes, publiquement devant une salle qui comptait la députée Berthelot, des élus du conseil régional et un représentant du préfet.
Un diplôme mais pas de carte de séjour

Francis Tinco, président de la fédération des entreprises du bâtiment et des travaux publics de Guyane
L’édition de remise des prix d’excellence a été créée en 2008, pour promouvoir les métiers du bâtiment et valoriser les élèves qui s’engouffrent dans cette filière. A l’occasion, trente-et-un jeunes diplômés [CAP, Baccalauréat, BTS, Licence professionnelle, Master] ont reçus un prix, parmi eux, six se sont vu décerner un prix spécial du jury.
La vice-présidente au conseil régional Hélène Sirder, en représentante du président de région a répondu à la perche tendue par Francis Tinco. « Il avait été convenu de mettre en place avec le préfet Ferey [remplacé en mai dernier] une commission à ce sujet. Nous allons relancer les discussions avec le nouveau préfet ».
Le directeur du cabinet du président de région a précisé que la collectivité opte pour « régularisation au coup par coup qui prendra en compte les jeunes diplômés pour avoir peut-être une carte de dix ans », à la condition qu’une demande émane du jeune lui-même, d’une institution scolaire ou de l’employeur qui justifiera d’un certificat d’embauche, et qu’elle soit adressée au président de région.
Le directeur de cabinet d’ajouter « très clairement, ça ne sera pas un acquis de fait mais la demande sera activée par la région et la préfecture ». Figurant à la tribune, Dani Peri, représentant le préfet de Guyane a ajouté que « le préfet est là pour appliquer la loi avec rigueur et souplesse» et que « 1 500 jeunes qui se trouvent dans cette situation» sont « reçus» en moyenne chaque année par la préfecture.
Pour Gabriel Serville, conseiller régional et ancien proviseur du lycée de Balata, « le système [dispositif de régularisation] tel qu’il est conçu ne correspond pas du tout à la situation guyanaise. Un très gros effort aurait du être fait pour pouvoir répondre à cette situation. Une fois qu’ils obtiennent le bac ils se font appréhender par les forces de l’ordre pour une reconduite à la frontière alors qu’on a investi pour eux à travers les professeurs, dans les bourses, le fonds social étudiant. Cet investissement devrait profiter à la Guyane ».
Outre la considération financière, la reconnaissance humaine prime. La prise en compte de ces jeunes diplômés aurait comme effet positif de leur offrir une perspective professionnelle plutôt que les risques inhérents au travail illégal ou d’un retour sur une terre qui ne les a pas vu grandir. Alors que « les perspectives pour 2011 sont bonnes » pour le BTP.




