Deux doctorants ont évoqué hier après-midi les caractéristiques des relations commerciales de la Guyane aux XVIIIème et XIXème siècles, au cours du colloque ” Guyane histoire et mémoire”, qui se referme ce soir à l’IUFM de Cayenne.
Devant un amphithéâtre comble, Catherine Losier venue de l’université de Laval au Québec a présenté ses travaux de recherches sur “Les échanges commerciaux de la Guyane au XVIIIème siècle”. A l’époque, la France continentale impose à ses territoires d’Outre-mer « une politique économique exclusive », excluant tout commerce avec les pays frontaliers. La Guyane va néanmoins échapper à cette aberration, car « laissée pour compte dans la sphère commerciale française » elle jouit d’une certaine indulgence et commerce dans la région, pour le plus grand plaisir des riches colons qui achèteront nombre d’esclaves à bas prix au Surinam. La Guyane a du mal à faire parler d’elle, ses exportations sont faibles, seule « l’élite religieuse et politique » se paye le luxe d’importer faïence et céramiques, de métropole, d’Italie, d’Hollande et de Chine, dont les vestiges ont été retrouvés sur les anciennes habitations de l’île de Cayenne comme Loyola, Poulain ou encore Picard.

Denis Lamaison, le Conservateur du service régional d'archéologie Gérald Migeon et Catherine Losier,
L’archéologie coloniale a démontré que la Guyane importera des matériaux de construction et des « produits de bouche » auprès des Antilles, la Nouvelle Angleterre (nord-est des Etats-Unis) et la Nouvelle France (l’actuel Québec). Au XIXème, un tiers des navires marchands qui font escale dans la rade de Cayenne battent le pavillon américain. Dennis Lamaison, doctorant en histoire de Paris, qui présentait ses recherches sur “La Guyane fut-elle un jour prospère ? Idéologie et propagande coloniales au XIXème siècle” évoque les faibles échanges qu’entretient la Guyane avec le Brésil vers 1830, le commerce est trois fois moins important qu’entre Cayenne et Paramaribo. Lui fournissant du girofle, la Guyane importe du couac et du riz à son voisin le Pará. Dans leurs calles les navires américains, apportent morue salée et farine contre de la mélasse. L’amertume prend la gorge lorsque l’histoire nous raconte que le commerce guyano-paraense se tissera en partie parce qu’il faut importer du riz, du couac et du manioc, pour les esclaves, à qui l’on refuse la viande, mais que le maître tient à nourrir pour un rendement plus efficace.
Le colloque, organisé par l’association des professeurs d’histoire-géographie de Guyane et la Société des Amis des Archives de Guyane se referme ce soir !



